
Le Grand Escalier >> Monde Magique >> Poudlard et ses environs
| Témoins d'une danse | |||
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Bienfaiteur du WHP ![]() ![]() 2e année
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Titre : Témoins d'une danse
Créé : 24/04/2025 à 00:17:48 Le bas des escaliers menant à la classe de Divination est désert le week-end.
Evidemment : la Tour est déjà bien haute, et il n'y a rien d'autre à faire ici que de regarder les marches inégales se fondre dans l'ombre tandis qu'elles tournoient de façon menaçantes. Les brumes occultes et les odeurs fortes d'encens et de thé font tourner la tête. L'endroit est désert, et Lemony regarde le parc par la minuscule meurtrière avec la mélancolie qui ne le quitte pas depuis novembre. Ici au moins, il n'y a pas de bruit. Et pas un seul témoin. Juste un pallier poussiéreux au parquet sombre où l'enfant est libre de faire des allées et venues sans surveiller sa démarche. Même si là, il est surtout assis contre le mur à regarder les cicatrices de ses poignets. Elles ne sont pas visibles au premier abord. Il faut savoir qu'elles existent pour chercher les fines lignes blanches le long de ses avants-bras. Elles ont presque disparu. Pourtant, Lemony se souvient de la douleur. La première fois que ce Précepteur l'a attaché, il avait quatre ans. Ses pieds refusaient de rester en place. Les cordes magiques se sont enroulées le long de ses chevilles et de ses haut-de-chausses. Ces cordes mouvantes se resseraient à chaque mouvement. Chaque sursaut. — Je n'avais que quatre ans. Je– Je ne suis pas un expert en enfants mais ceux que j'ai vu... se débattent dès qu'ils ont l'impression d'être immobilisés. C'est ce qu'il a fait, évidemment. Le sang a cessé de circuler dans ses jambes et il a hurlé si fort qu'un Elfe de Maison est intervenu. Après cet épisode, les cordes ont cessé d'être mouvantes. Jusqu'à ses sept ans. Et ce n'était plus ses chevilles qui voyaient s'enrouler la matière rêche. C'était ses poignets. Ca ne l'a jamais choqué, Lemony. Après tout, le Précepteur était engagé par Jade et Onyx, et son éducation de Noble a toujours été complimentée par tous les aristocrates d'Angleterre et de France. Sur son poignet gauche, il y a une cicatrice qui ne disparaîtra jamais. Elle n'a pas le même aspect que les autres : la peau est plus creuse à cet endroit, plus boursouflée. C'était l'année précédente. La règle en métal qu'utilisait le Précepteur était différente. Le souvenir est flou. Lemony ne se souvient même pas du geste maniéré qu'il a eu. Parce que c'est comme ça que son corps bouge. Il se souvient juste de la douleur aigüe qui résonne dans les os du poignets, dans ceux de l'avant-bras jusqu'à sa clavicule. Il se souvient de la violence du coup. Et du regard du Précepteur, qu'il a fait l'erreur de croiser. D'ordinaire, Lemony était trop honteux, trop écoeuré par lui-même et baissait les yeux. Cette fois, la fureur et la défiance l'ont submergé. Il a planté ses yeux dans ceux de l'adulte. Prêt à sortir des mots qui le condamneraient. Et ce qu'il a vu sur ce visage... dans ces petits yeux luisants... La jouissance. La satisfaction. La haine. L'homme n'attendait qu'une riposte. Le souvenir le rend malade. Il a le teint verdâtre soudain, et bondit comme un diable hors de sa boîte pour effectuer des allées et venues dans la minuscule pièce. — Ordure La rage écume à ses lèvres. Dire que son cousin a hérité de ce Précepteur. Lemony frappe le vide. — Espèce d'ordure, répète-t-il. Il en a assez. ***
La frustration ne fait que grandir. Le bruit qui monte depuis le parc jusqu'à la meutrière minuscule. La perspective de retourner au dortoir. Les yeux de chacun qui le suivent. Se surveiller tout le temps, chaque jour, chaque heure, sans jamais pouvoir poser le masque. Lemony n'a plus aucune intimité. La liberté de sa chambre lui manque. La sécurité de ses cousins également. Lorsqu'ils étaient tous les trois, Aurum et Quartz se fichaient bien de ses manières. De sa démarche. Des moulinets de ses poignets, de la souplesse de ses chevilles croisées. Il n'est pas rentré chez lui à Noël. Lemony n'a pas pu respirer convenablement depuis six mois. Il enlève sa robe d'uniforme avec violence. Dessous, la chemise dorée à jabot et aux manches évasées lui sied parfaitement, mais elle moule également sa taille fine. Le collant au bleu des Serdaigles et ses chaussures complètent un corps d'enfant androgyne. Avec ses longs cheveux auburn qui atteignent désormais ses épaules, il est impossible de savoir si Lemony est une fille ou un garçon. Sa voix, qui n'a pas mué, ne donne pas plus d'indices. Et Lemony marche sur les lignes du parquet, encore et encore. Il se force à se laisser se détendre. Sa démarche travaillée est lente, évidemment, parce qu'il doit la réfléchir. Il a transformé la danse en fluidité, et le déhanché en agilité apparente. L'enfant relâche ses poignets avec un éclat rageur pour le Précepteur. — Que croyez-vous que je sois ? Eh bien ! Vous m'avez si bien menacé, que croyez-vous que je sois, Maître ? A quoi vous attendiez-vous ? Pour un homme qui clame à haute voix ma perversion, vous semblez oublier que je n'y puis rien du tout. Oh ces mots. Coincés dans sa gorge depuis tant de mois ! Son bras qui vole, son poignet qui se tourne en un moulinet. Le deuxième qui est cassé à quatre-vingt-dix degrés. Lemony pivote et marche. Encore, et encore. A son naturel. Il se regarde presque, il sent les roulis de ses muscles. Et il est libre. Il se sent lui-même. C'est un instant précieux. Un instant en suspension jusqu'à ce que la honte le rattrape. Ca commence par ses yeux qui clignent frénétiquement, à toute vitesse. Par des pensées qui tournoient un peu trop vite. Par son coeur qui se sert face à l'inéluctable. Et une question obsédante. Comment puis-je suivre les conseils du professeur Spinnet et m'ouvrir aux autres si je passe toute mon énergie et mon attention à paraître normal ? Il ne peut pas. Point. — Je fais tant d'effort à ce que personne ne puisse deviner mon inversion que j'en ai oublié que moi, je ne peux pas la fuir. Son rire est hystérique. — Rien ne changera ce que je suis, et j'ai passé deux trimestre à me convaincre du contraire. Il rit. Il a vraiment imaginé pouvoir se soustraire à la route de la perversion. Réussir un jour à trouver une épouse à son goût, surpasser ses désirs. — Cet endroit me rend fou. Je ne tiendrai jamais sept ans. Je dois partir. Jade m'enseignerait à domicile, je le sais. Je n'ai aucun refuge, je deviens fou. Littéralement fou. Je dois partir. Jade sait, ils savent tous. Elle me soustraira aux regards. Oui. Les yeux du garçon brillent de ferveur. Il a une échappatoire. Ne pas revenir après les examens de fin d'année. Rester dans le Domaine Parlambre, être convenable en public et pouvoir laisser son anormalité resurgir chaque jour sans la réprimer. Pour que cette mélancolie cesse enfin. RP avec Gwendolyn Jenkins |
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 30/04/2025 à 14:15:22 - Modifié : 30/04/2025 à 14:19:10
Un doux parfum de printemps se déployait dans l’air. En effet, mai approchait ce qui signifiait que juin approchait et ensuite, ce seront les vacances d’été. Gwendolyn Jenkins savait qu’elle devrait alors rentrer chez ses parents, que ces derniers ne seraient pas là de l’été, et qu’elle serait isolée de tout. Le plus ironique dans cette situation, est qu’elle s’était plainte toute l’année de devoir côtoyer sans interruption une marée d’élèves et d’adultes du château sans jamais pouvoir se retrouver au calme... et maintenant elle se demandait si elle ne préférait pas ça au sort qui l’attendait une fois rentrée chez ses parents : sans personne à qui parler pour susciter son intérêt intellectuel (et émotionnel mais ça, impossible de se l’avouer pour la fillette).
Elle avait déjà entendu ce mot dans la bouche de sa grand-mère alors qu’elle espionnait sa conversation avec la tante Violet : "négligence". Sur le moment, Gwendolyn n’avait pas compris ce que cela signifiait mais une chose était sûre : l’ancienne professeure de runes était furieuse. Évidemment à l’époque elle cherchait encore leur approbation, ses parents étaient mis sur un piédestal et la fillette pensait encore qu’ils reviendraient la chercher après s’être rendus compte de leur erreur. Que leur fille leur manquerait. Gwendolyn sait maintenant qu’elle était bien naïve à l’époque et que les contes de fée où "tout est bien qui finit bien" n’arrivent que dans les histoires de Beedle le barde. Quand la vieille dame qui s’était occupée d’elle, son vrai parent, s’est endormie pour toujours, la rancune envers ses géniteurs avait déjà gagné son cœur. La jeune fille avait trouvé sa vie à elle et celle-ci lui plaisait énormément. Elle s’était donc rendue d'elle même, du haut de ses 11 ans à peine, au ministère de la magie français en bus pour déclarer le décès de sa grand-mère et demander à ce que l’on transfère sa garde à tante Violet. On lui apprit alors que son affaire dépendait du ministère de Grande-Bretagne, ce qui étonna la fillette. Qu’à cela ne tienne, elle envoya un hibou pour leur faire la même requête. La réponse tomba comme un coup de massue : les fantômes ne pouvaient obtenir la garde d’un vivant et par conséquent, ils viendraient la chercher le lendemain afin de la restituer à ses parents. Des inconnus qu’elle n’avait pas vus depuis leur dernière visite il y a deux ans. Qui ne voulaient pas d’elle. Et dont elle ne voulait pas non plus au demeurant. La Serdaigle avançait dans les couloirs en direction de la bibliothèque pour essayer de trouver une solution juridique à son problème, quand elle tomba sur un spectacle pour le moins étrange. À cette distance, la jeune fille n’arrivait pas à savoir si la personne qui dansait au fond du couloir était un garçon ou une fille. Ses traits étaient fins et ses yeux fermés étaient bordés de longs cils noirs. Mais c’était surtout sa façon de bouger qui la troublait. Ses gestes étaient fluides, gracieux presque éthérés alors que son corps dansait. Ses mains, ses hanches, la pointe de ses pieds se mouvaient comme si elles étaient faites pour incarner ce moment. L’ensemble donnait une impression de mélancolie, de soulagement et de joie profonde. Ne voulant pas briser ce moment de magie, elle se fit la plus discrète possible en essayant de reconnaître l’élève. Alors qu’il se tournait vers elle, les yeux toujours fermés comme s’il était transporté par cet instant, Gwendolyn finit par reconnaitre le jeune Parlambre. Sa grand-mère l’avait obligée à apprendre les arbres généalogiques des familles françaises et anglaises les plus influentes du moment. C'est pour cette raison qu'elle se rappelait très bien du visage du jeune garçon qui figurait sur le portait de la famille Parlambre. À cette époque, la fillette avait cruellement envié le garçon de la photo qui était entouré par ses deux parents. Et il se trouvait maintenant en face d’elle, d’une beauté très différente de celle de la photo officielle. Qui était-il réellement ? Au bout de plusieurs minutes, sa posture changea et le garçon sembla se refermer sur lui-même, se rabougrir. Il murmura plusieurs paroles que la jeune fille ne parvint pas à saisir. Hypnotisée, Gwendolyn en oubliait la précaution et sentant probablement le regard insistant de la jeune fille sur lui, Parlambre finit par faire volte-face et planter ses yeux dans les siens. |
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 02/05/2025 à 00:48:34 Libre. Il reste trois mois complets à Poudlard. Ensuite, il ne remettra plus les pieds ni dans ce château. Lemony n'est même pas désenchanté. Poudlard ne lui a jamais paru la panacée à atteindre pour chaque jeune sorcier britannique, voir du reste du monde. Pour Lemony, c'est le Domaine. Ca a toujours été le Domaine. Il a un goût amer dans la bouche dès qu'il songe aux autres élèves, notamment aux Serdaigles. Même si Lylaee semble vouloir se lier avec lui. Même s'il a l'honneur de faire partie du Club de Slug où les autres semblent l'apprécier. Qui apprécient-ils en vérité ? Qui est-il ? C'est à cet instant qu'il remarque que ses yeux sont plongées dans deux prunelles à peine visible dans l'ombre. Instinctivement, et d'un geste souple, trop souple, trop dansé, il dégaine sa baguette et la pointe devant lui. Son poignet se casse lorsque son mouvement se termine. Les yeux appartiennent à un humain. La silhouette d'un enfant de sa taille. Qui l'épie, donc. Epié. Il lui faut une bonne minute avant de réaliser exactement tout ce qu'a pu voir la silhouette. L'horreur recouvre son corps sous la forme d'une fine pellicule de sueur glacée. Qu'a-t-elle entendu ? Lemony est un Noble. Et nul à Poudlard n'apprécie ce fait. Son accent de la haute, son parlé ancien, son maintien, tout ce qui fait son éducation, tout ce qui le constitue, lui attire l'inimitié. Mais il peut en jouer. Car quel né-moldu pourra prétendre connaître toutes les coutumes sorcières ? Et s'il s'agit d'un sang-mêlé ou d'un Sang-Pur, il prétextera une répétition pour le bal de Beltane à venir. Les pupilles de l'enfant remplissent entièrement ses iris tant il tente de mieux voir la figure traîtresse. Parce que si la personne ne peut rien face à ses mouvements, les mots de Lemony sont à charge. Terriblement à charge. ***
Sur le visage de l'enfant, tombe ce masque neutre si lourd à porter, si insoutenable. Son corps se rigidifie pour redevenir celui d'un Aristocrate. Il irradie d'une rage glaciale. Ne puis-je donc jamais obtenir le moindre répit ? Du pas assuré et conquérant de ceux à qui le monde appartient, le jeune Parlambre s'avance assez pour identifier son persécuteur prochain. Eventuel. Il s'agit d'une fille, ce qui est un premier bon élément. Les garçons se sentent personnellement insultés par l'inversion de Lemony. D'une manière ou d'une autre, qu'ils mettent ou non les mots dessus, ils sentent. Blason : Serdaigle. Si besoin... leur Directrice de Maison la fera taire. Le souffle de l'enfant est trop fort, trop rapide. Ses pensées, paranoïaques. Il est terrorisé. Mais qu'auriez-vous fait, à douze ans, si votre plus grand secret était entre les mains d'un inconnu qui détient désormais le pouvoir de vous détruire ? Gwendolyn Jenkins, première année. Ils ont cours ensemble, bien qu'ils ne se parlent jamais. Sang-Pur. Les Jenkins ont déjà été conviés au Domaine Parlambre. Chaque Sang-Pur du pays, voire d'Europe de l'Ouest, a déjà été convié au Domaine Parlambre. Pour autant, il n'a guère souvenir qu'ils aient été dans les Galas les plus importants. Plus curieux encore : il n'a jamais côtoyé Gwendolyn. Pas une fois, pas même lors du Galas des Enfants de l'été dernier, alors que toute la progéniture Sang-Pur entre dix et douze ans avait été invitée. La jeune fille n'a donc jamais accompagné ses parents, et son existence est un mystère. Un mystère d'autant plus grand que les Jenkins font partie du registre "Relations Françaises" tenu par Jade. — Eh bien ? lâche le jeune Parlambre, glacial. Ne t'a-t-on donc jamais appris les bonnes manières pour que tu uses ainsi d'espionnage ? Et pour faire bonne mesure, il prend garde de s'adresser à elle en français. Lemony ne se soucie plus de créer des alliances ou même de paraître agréable. Il est en mode survie. — Qu'as-tu entendu ? Son ton impérieux est plein d'une rage qui masque mal sa souffrance. Chaque seconde est une lutte. La honte mordante à l'intérieur de ses tripes ne l'aide pas à être lucide. Il ne voit que le danger, ne ressent que de l'écoeurement qu'il a pour lui-même. Et peut-être qu'il est sur le point de basculer. |
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 03/05/2025 à 19:53:29
La jeune Jenkins ne s’attendait pas à une telle réaction. Le garçon en face d’elle, celui dont, deux minutes plus tôt, elle avait eu l’impression d’avoir un aperçu de personnalité, avait sorti sa baguette d’un air menaçant, comme un loup aux abois. Elle rit intérieurement de ce revirement soudain, mais elle se retint bien de laisser échapper un gloussement, consciente de la baguette pointée vers elle.
Elle attendit patiemment de voir ce qui allait se passer, pouvant voir les rouages s’actionner dans les yeux du jeune homme, comme s’il estimait la situation. Ce qu’il fit ensuite l’étonna encore davantage : il s’adressa à elle en langue française. Il savait donc qui elle était, ce qui les mettait sur un pied d’égalité. La jeune fille entretenait avec soin la réputation sévère et menaçante qu’elle s’était forgée au fil des mois, mais elle déduisit de son choix de s’exprimer en français que le garçon avait entendu parler d’elle par un autre biais. Cela faisait des mois maintenant qu’elle n’avait pas prononcé de phrase dans la langue de Molière (à part quelques jurons par-ci par-là), mais les syllabes roulèrent sur sa langue naturellement. -"Espionnage ?" Ce que tu peux être dramatique, répondit-elle en roulant des yeux dramatiquement. Cela ne dérida en aucune façon le jeune Serdaigle. Il paraissait même d’autant plus agressif sans que cela gâche quoi que ce soit à son allure délicate et précieuse (même si, et cela se voyait, il essayait de se donner une posture plus affirmée, plus... masculine). Son regard glacial avertit tout de même Gwendolyn qu’il pouvait, s’il le souhaitait, être dangereux. Aprés tout, quoi de plus normal quand on vient d’une famille noble dont les membres sont habitués à obtenir tout ce qu’ils désirent ? La fillette savait très bien qu’elle n’était pas réellement la mieux placée pour émettre ce commentaire sarcastique. Être une Jenkins l’avait toujours placée à un statut privilégié et son attitude extrêmement hautaine envers ses camarades et tous les membres du château en était bien la preuve. Mais elle ne se sentait pas supérieure à cause de son rang, de son nom ou de son sang, non : elle était supérieure car elle était meilleure voilà tout. Son éducation, son caractère et son investissement étaient bien supérieurs à ceux des autres et ça, elle le devait à elle-même. C’est en tout cas ce qu’elle croyait dur comme fer. (Clairement, elle n’avait jamais entendu parler de critique de la méritocratie...). Elle leva le menton et plissa légèrement les yeux quand celui-ci lui demanda ce qu’elle avait entendu. Entendu ? Pas grand chose. Vu ? Ooooh oui. Il avait marmonné et semblé être pris d’un grand conflit intérieur. Mais à l’évidence, sa réaction prouvait que ses paroles avaient été beaucoup plus importantes. Beaucoup plus dangereuse que ce qu’elle avait estimé. Gwendolyn tenta de recollecter les mots étouffés qu’elle avait pu percevoir. La seule chose dont elle pouvait se souvenir distinctement était une phrase prononcée un peu plus fort que les autres : "Je deviens fou." La sorcière comprit alors qu’il ne s’agissait pas de paroles en l’air, comme on peut le faire souvent dans le cadre d’une expression. Elle n’avait accordé aucune importance à cette phrase, au point qu’elle avait même oublié qu’il l’avait prononcée. Mais si Parlambre était si inquiet par ce que la jeune fille avait pu entendre, c’est qu’il devait réellement souffrir. Comment expliquer le lien entre le spectacle à la fois beau et étrange auquel elle avait pu assister, et la gravité des paroles du garçon ? Gwendolyn ne se mêlait jamais des affaires des autres enfants, préférant la compagnie des adultes. Mais il fallait bien avouer que là, le jeune garçon avait l’air tout à fait intéressant, même s’il la menaçait actuellement de sa baguette. Ou bien était-ce justement pour cette raison ? -La folie et la singularité des individus sont des concepts fort controversés, tu sais ? Ne disions-nous pas des femmes rebelles qu’elles étaient prises d’hystérie et étaient alors enfermées il y a encore un siècle ? Combien de sorcières et sorciers nés moldus ont été rejetés par leur famille qui les jugeaient fous à lier ? Pris d’hallucinations ? Évidemment, elle avait pris un ton condescendant. La force de l’habitude. Mais elle espérait tout de même faire mouche et susciter une réaction de la part de son camarade de maison. |
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 05/05/2025 à 22:24:19 Le coeur de Lemony tambourine contre sa cage thoracique. La sueur glacée qui colle son haut à jabot le long de son dos, plaque le tissu contre ses épaules, est insupportable. Le contact de l'humide sur sa peau l'a toujours dérangé ; après la toilette, il passe quinze minutes à traquer la moindre trace d'eau sur son corps. Braquer sa baguette sur son interlocutrice n'était guère une idée brillante : il doit mobiliser tous les muscles de son bras droit pour l'empêcher de trembler. Et il entend son coeur battre sourdement. Il pulse avec tant de force que le sang qui lui monte aux tempes l'étourdit. En face de lui, la jeune fille est atrocement calme. D'un calme que d'ordinaire, ses interlocuteurs lui envient, à lui. Lemony n'a pas un visage de marbre au niveau de celui d'adultes rodés à l'Occlumencie, mais il est l'un des meilleurs de son âge. Tous ces détails ne l'aident pas à se calmer. Et encore moins le roulement d'yeux de sa camarade de classe : -"Espionnage ?" Ce que tu peux être dramatique. Lemony leva sa baguette plus haut. Juste à la lisière du cou. Dramatique. Un souvenir lui revint de plein fouet. Une bribe, comme chaque fois que ce Précepteur était impliqué. Des larmes sur ses joues. C'est que les cordes ont entamé la peau délicate de ses poignets, que les marques de la veille n'ont pas encore cicatrisé. Un index sous son menton. Un sourire, avec cette lueur de plaisir dans les yeux. — Intéressante, cette petite performance du Gala d'hier. L'on peut dire que vous avez le sens du théâtre, Vicomte Parlambre. Nous dirions même que vous êtes... une véritable reine du drame. Et ensuite ? C'est le black out. Il ne se souvient pas de ce qui a suivi. Pourquoi ? Moins de quinze mois se sont écoulés, il en est certain ! Il se souvient de cette période de colère qu'il a traversé, de rébellion, qui lui a valu de se retrouver de nouveau attaché. Le visage de Lemony s'est violemment tourné vers la droite. Parce qu'il a été littéralement fouetté par ce souvenir enfoui dans sa mémoire. Il n'avait jamais de flash-backs au Domaine. Pourquoi ne cesse-t-il de revoir ces instants de son éducation ? C'est comme si mettre les pieds à Poudlard avait été un élément déclencheur. Est-ce le Château qui provoque ceci ? Un millénaire d'existence, des myriades d'Enchantements apposés. Est-ce que Poudlard fait quelque chose à sa mémoire ? Le force à revoir des situations sous un nouveau jour ? Ces souvenirs sont d'une violence extrême. Sauf que, justement. Il n'a jamais pensé, quand il l'a vécu, que c'était violent. Il perd le fil. Il perd la conversation, il perd sa concentration. Il vit à moitié dans son esprit, à peine raccroché à la réalité. Ou est-ce que ça a toujours été ainsi ? Des millions de pensées à la seconde, mais que jusqu'à maintenant, il contrôlait. Il arriver à les disséquer, à garder un fil conducteur. Bien sûr, son débit de parole et son temps de réponse ont toujours été long. Ca accentue son accent de la haute, d'ailleurs. Mais cela vient avec le statut d'Héritier. Il faut peser chaque mot. Oh, Morgane, Viviane et toutes les déesses d'Avalon, il sent presque le sol se dérober sous ses pieds, l'entraînant dans une chute métaphorique. Et il ne trouve rien à quoi se raccrocher. ***
Jusqu'à ce que Gwendolyn bouge. A peine, mais avec un mouvement intensément familier qui réussit à l'ancrer dans le moment présent. Un menton qui se relève. Tout simplement. Lemony sourit, d'un sourire de coin de lèvre un peu méprisant et carrément hautain. — As-tu conscience que cette technique nous fait paraître incroyablement juvéniles et immature ? Nous avons l'impression qu'elle nous grandit, mais tout le monde voit à travers la façade de "je reste de marbre, et je te défie". Combien de fois l'a-t-il utilisé, ce lever de menton ? Il penche la tête sur le côté, légèrement, afin d'étudier la jeune fille. Les codes Sang-Purs l'ont toujours aidé à s'ancrer. Son maintien droit. Ses traits familiers, parce qu'évidemment, tous les Sangs-Purs sont liés par le sang et qu'il retrouve chez elle des traits d'autres fréquentations. Son arrogance. Discrète, mais présente. Ils irradient tous de fierté, de leur éducation, de leur famille. Ils savent qu'ils sont supérieurs aux autres. Les lèvres du jeune aiglon s'entrouvrent, formant un étrange rictus sur son visage tandis que ses poumons semblent se libérer de leur étau. Chaque expiration est audible, et rapprochée. Mais au moins, il est ancré dans le moment présent. Avec des codes qu'il connaît. Une menace, et un protocole pour y réagir. Ses traits se durcissent et il s'apprête à reposer la question : qu'a-t-elle entendu ? En guise de réponse, Gwendolyn Jenkins lui parle de folie, de relativité. — La folie et la singularité des individus sont des concepts fort controversés, tu sais ? Ne disions-nous pas des femmes rebelles qu’elles étaient prises d’hystérie et étaient alors enfermées il y a encore un siècle ? Combien de sorcières et sorciers nés moldus ont été rejetés par leur famille qui les jugeaient fous à lier ? Pris d’hallucinations ? Ca ne rassure pas Lemony. Au contraire. Il repasse en revue les derniers jours, les dernières semaines. Le bruit constant, l'incapacité à se concentrer, la terreur au ventre avec laquelle il vit. La seule chose qui le calme, c'est que si elle est arrivée à ce moment là, alors elle ne dispose d'aucune information compromettante. Il tente de la regarder, mais il ne parvient pas à soutenir son regard. C'est trop douloureux, et c'est stupide, parce qu'il ne s'agit que de globes occulaires : iris et pupilles. Soutenir un regard n'a rien d'une épreuve. Ses pensées s'affolent un peu plus. Pour commencer, il balaie le discours de la jeune fille d'un moulinet de la main : — L'hystérie des femmes est un mythe auquel même les médecins ne croyaient pas. Ils s'en servaient pour faire taire celles qui osaient être indépendantes, osaient prétendre qu'elles étaient les égales des hommes. L'hystérie est une arme d'homme contre les femmes. Quels imbéciles. Non, ils savent, ils ont toujours pertinemment su qu'elles étaient tout aussi capables qu'eux... mais ils désirent les dominer, et quoi de mieux que de convaincre le reste du monde que ce sont des créatures incapables ? Quant aux sorciers enfermés... eh bien là encore il ne s'agissait pas de véritable folie. — La folie existe, Jenkins. Ne commet pas l'erreur de penser que parce qu'elle a été instrumentalisée, certains humains en souffrent. C'est une insulte envers eux. Pire encore, c'est dangereux que d'imaginer qu'ils ne sont pas fous, car en refusant leur souffrance, on leur refuse des soins. C'aurait pu s'arrêter là. Deux individus avec une conversation parfaitement normale, quoi que tendue. Argumentatif, assertif dans ses opinions de fer forgées, Lemony est en terrain connu. Sauf qu'il réalise comment il a balayé l'argument. Le bras qui se plie, la main qui mouline et semble s'envoler, puis reste immobile, dans un angle à près de quatre-vingt-dix degrés par rapport à son poignet. L'enfant est tétanisé. Sa respiration s'accélère. Encore une crise. Il ne veut plus de ces crises. Avec ce qui lui reste de crédibilité, il replace son bassin auquel il s'efforce de donner un centre de gravité typiquement masculin. Il arque un peu les jambes, aussi. Et sa main file à toute allure, prête à attraper le col de Gwendolyn. Sauf qu'il ne veut pas lui faire mal. Il ne veut faire de mal à personne, il veut juste que ça s'arrête. Sa main s'arrête en pleine course et à la place vient agripper avec force ses cheveux, griffer le dessus de son crâne. — Je t'ai demandé- ce que tu as- entendu. Sa voix est rauque. Il faut que ça s'arrête. Il faut vraiment, absolument, que ça s'arrête. — Je crois être le mieux placé pour dire si ce que je ressens est de la folie ou une illusion de domination. Qui pourrait me dominer ? Je suis un homme, je suis un Sang-Pur et un aristocrate. Je suis né privilégié et avec une position de pouvoir. Et il rit, ou il pleure, c'est impossible à dire. |
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 26/05/2025 à 13:04:35 - Modifié : 26/05/2025 à 13:15:59
Gwendolyn connaissait peu de personnes avec qui elle pouvait avoir ce genre de conversation. La réponse du garçon l’avait tout d’abord fouettée. Elle s’était fait remettre à sa place en beauté. Pourtant elle pensait que les paroles qu’elle avait prononcées avec assurance lui permettaient une sorte de domination de la situation. Mademoiselle je sais tout avait trouvé quelqu’un pour lui répondre. Elle ne savait pas si elle devait se sentir agacée ou admirative.
Il parlait de l’histoire des dominations avec une ferveur qui lui rappelait ses premières altercations avec la tante Violet. Fantôme d’une autre époque, celle-ci gardait des habitudes et préjugés sur le comportement qu’une femme se devait d’avoir en présence des hommes. Les premières années de leur cohabitation, la fillette n’avait pas compris pourquoi la vieille femme, si forte habituellement, disait parfois sans prévenir des absurdités qui ne correspondaient pas à la réalité dont la la jeune fille pouvait faire l’expérience. Pourquoi n’aurait elle pas pu désherber le potager aromatique à la place du jardinier (une activité jugée trop salissante pour une jeune fille) alors que la préparation des repas avait la plus part du temps une forte tendance à la recouvrir de farine de la tête aux pieds ? Heureusement, sa grand-mère finissait toujours par intervenir en levant la tête de sa lecture : "laisse la donc Violet, ne vois tu donc pas que tes conseils sont d’un autre temps ?" Souvent cela se terminait en une après-midi entière où Violet refusait de sortir du grenier, disant qu’elle avait été insultée. Ce n’est que lorsque la fantôme se mit à faire des remarques sur la grand-mère de Gwendolyn (elle avait alors 10 ans) que celle-ci commença à lui répondre. Elle adorait son ancêtre mais pas question de toucher à sa grand-mère. C’était surtout le statut marital de Geneviève qui fut à l’origine des premiers débats. "C’est tout de même une honte que de ne jamais avoir été mariée. Avec un enfant de surcroit ! Et si elle était un homme ? Avait répondu Gwendolyn. Pardon ? S’était offusquée Violet la première fois. Et si c’était un homme ? Avait répété la fillette du haut de ses trois prunes dirigeables. Aurait-il été honteux de ne pas se marier ? Ce n’est pas la même chose. Ah oui ? Pourtant elle fut professeure dans l’une des écoles de magie les plus prestigieuses au monde, dépassant nombre d’hommes (au statut amoureux douteux selon ses dires) pour le poste. Je ne pense pas que son célibat a été un frein dans son avancée dans le monde. Avec un enfant de surcroit." Cela avait coupé le sifflet à la tante. Ce fut le début d’une longue série de débats enflammés (parce que contre toute attente, Violet avait tout de même quelques arguments dans sa poche) sous l’oeil rieur de Jocelyn. Mais là, Gwendolyn se trouvait manifestement devant un élève de son âge qui avait de l’esprit et du répondant. Peut être même avait-il raison sur certains points... mais pas question de l’avouer. Alors qu’elle commençait à le trouver de plus en plus intéressant, le préadolescent eu un geste d’une violence qui déstabilisa la jeune fille : comme si son attitude changeait du tout au tout. À un moment il était vif et fluide comme un ruisseau, celui d'après il se comportait comme un bloc de glace qui arrache et brûle la peau à son contact. Il répéta ses paroles d’une rage contenue : — Je t'ai demandé- ce que tu as- entendu. Il avait agrippé ses propres cheveux. Fort. Mais que se passait-il dans sa tête pour retourner une telle violence contre lui-même ? — Je crois être le mieux placé pour dire si ce que je ressens est de la folie ou une illusion de domination. Qui pourrait me dominer ? Je suis un homme, je suis un Sang-Pur et un aristocrate. Je suis né privilégié et avec une position de pouvoir. Il prétendait reconnaitre ses privilèges comme si cela suffisait ? Billevesées. -Toi même tu n’y crois pas. Tu sais pertinemment qu’on trouve toujours plus fort que soi si on se laisse guider par ces théories. Il y a une différence entre accepter la hiérarchie puisque c’est un constat, et la reconnaitre pour mieux la combattre. Brillant, ses entraînements avec tante Violet auront porté leurs fruits. Toutefois, la Serdaigle n’était pas tout à fait satisfaite. Elle sentait bien qu’il lui manquait des informations et que par conséquent, elle ne pouvait pas avoir de prise sur la situation. Le garçon semblait avoir grandi dans une culture très différente de la sienne. Être sang-pur n’avait aucune importance pour la jeune fille : sa grand-mère ne lui avait jamais inculqué ces normes et la fillette n’était jamais "sortie dans le monde" rencontrer d’autres familles sorcières. Elles étaient restées nichées dans leur manoir toutes les deux sans jamais en sortir ou presque. Tout ce qu’elle savait des conventions sociales, elle l’avait appris dans des livres. Et si elle pensait être suffisamment armée, elle comprenait maintenant que certaines subtilités lui échappaient. Comme ce qui torturait le garçon actuellement. Et peut-être pourrait-elle apprendre certaines choses en sa compagnie. Il faisait peur, n’hésitait pas à lui tenir tête, se débattait de toutes ses forces contre quelque chose qui lui échappait et dégageait une sensation de gracieuse étrangeté. Elle pouvait faire avec ça. -De toute manière je n’ai rien entendu qui pourrait te nuire. Et je fais le serment de ne raconter cette entrevue à qui que ce soit. Bonne nuit Lemony. Ajouta-t-elle avec une révérence pour théâtraliser ses mots. À dire vrai, elle avait prononcé ces paroles avec plus d’assurance qu’elle n’en avait. Elle espérait que cela suffise pour le rassurer et qu’il la laisse partir sans présenter plus de difficultés. Elle tourna les talons et se dirigea à nouveau vers la bibliothèque pour rendre ses livres avant l’heure du couvre-feu, des images de mains et de bras ondulants en tête. ‐---------------- Trois jours plus tard, Gwendolyn décida de repartir à la charge. Le garçon avait sûrement eu le temps de digérer, non ? En entrant dans la bibliothèque, elle l’aperçut à une table, seul. Elle se dirigea directement vers lui et s’assit sans autre forme de procès sur la chaise qui lui faisait face. Comme si de rien n’était, elle sortit ses ouvrages de runes anciennes. Elle avait peur de perdre la main avec cette règle idiote autorisant les élèves de Poudlard à étudier les runes seulement en deuxième année. Biensûr, elle n’était pas venue ici dans l’unique but de réviser. En réalité, elle était bien décidée à en découvrir davantage sur le garçon et souhaitait connaitre l’étendue de sa pensée. Elle continua son manège, se comportant avec assurance, comme si la situation était tout à fait banale. Après tout, quoi de plus normal que de réviser auprès d’un camarade de maison de la même année d’âge ? Elle ne prononça pas un mot, attendant qu’il parle le premier. |
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Bienfaiteur du WHP ![]() ![]() 2e année
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 27/05/2025 à 14:25:34 Un instant, les yeux de Gwendolyn semblent ne plus voir Lemony, elle perd sa concentration et il se demande... est-ce que c'est à ça qu'il ressemble la moitié du temps ? Cet air un peu rêveur et vague, qui fait ressembler la jeune fille à une figure éthérée d'un roman du XIXème. Avec ses longs cheveux pâles et son visage tout aussi blanc du clair-obscur, elle semble sortie d'un immense manoir lugubre où chaque pas risque de réveiller les fantômes. L'enfant déglutit, parce qu'elle réveille les souvenirs d'une autre petite fille dans un manoir sombre, une petite fille seule qui n'attendait que son arrivée pour prendre sa main et rire. Depuis combien de temps ne lui a-t-il pas parlé ? Ils ont échangé des bonjours furtifs, glacés. Parce que Lemony n'est pas à Serpentard. Parce que Thylas a été témoin de trop de danses. Dans un instant suspendu, juste avant son éclat de rage, la gorge de Lemony se serre et il voit dans sa camarade de maison quelque chose de familier. ***
Et l'éclat de son rire ou de ses sanglots résonne dans le couloir vide. Et Gwendolyn Jenkins abandonne l'idée de débattre pour abattre un discours trop ferme et trop vrai : —Toi même tu n’y crois pas. Tu sais pertinemment qu’on trouve toujours plus fort que soi si on se laisse guider par ces théories. Il y a une différence entre accepter la hiérarchie puisque c’est un constat, et la reconnaitre pour mieux la combattre. Bien sûr qu'il n'y croit pas. Il est un Parlambre. On lui a enseigné que oui, il a du pouvoir, mais qu'il pourrait le perdre à la moindre fêlure. Sa famille était tentaculaire dans la France, à pleine puissance et à toute vitesse. Les Dons enflaient, certains étaient capable de maîtriser les esprits rien qu'avec un mot. Et puis, le froid de début 1789 est arrivé, la faim, la frustration, l'envie de liberté, d'égalité, de fraternité. Et les Parlambre ont perdu plus que leur pouvoir. Disons, il est difficile d'avoir du pouvoir la tête séparée du corps, n'est-ce pas ? C'est son héritage. Les traumatismes générationnels qu'il porte dans ses veines. A condition d'être un Parlambre de sang, s'entend. Son visage s'étend dans un sourire bizarre. Un rictus de travers. Il a bien des choses à répliquer. Mais la figure de roman s'échappe, sa camarade de maison reprend une attitude enfantine et affrontée, et décide de mettre fin à la conversation et à l'entrevue. Ses mots sont étrangement finaux. Lemony est sous le choc, de la rencontre, de la violence de ses propres émotions, de ses souvenirs. Lorsque Gwendolyn part, il se retrouve béant. Déjà ? Mais la conversation commençait à peine. L'enfant aime bien rencontrer de nouvelles personnes. Le souci, c'est qu'elles restent rarement, ou le prennent aussitôt en grippe, éprouve une inimitié à son égard qu'il ne parvient pas à comprendre ni à désamorcer. Gwendolyn vient du même monde, pourtant. A travers elle, il a l'impression de pouvoir apercevoir ce à quoi il ressemble pour les autres. Il la regarde partir avec un creux au ventre. Il se demande si un serment a autant de valeur pour elle que pour lui. La rage est là, à côtoyer le vide dans son ventre. Elle lui fait peur. Il se recroqueville contre un mur et se roule en boule, serrant ses mains sur sa cravate. Tant pis ses les ongles endommagent le tissu ; il peut en acheter d'autres. La solitude lui fait peur. La foule lui est insupportable. Ce n'est pas antinomique : dans la foule il est toujours aussi seul. Le lendemain, Thylas Darkflare lui donne rendez-vous dans le parc et il respire mieux. Mais ensuite tous les mots déversés effraient son amie d'enfance retrouvée. Et Lemony commence d'innombrables brouillons de lettre à envoyer à Jade pour l'informer de sa décision de quitter Poudlard. ***
Continuer à supporter le quotidien est difficile. Mais il doit absolument maintenir ses résultats scolaires ; d'autant plus dans les matières où il n'est pas certain que le programme serait exactement approuvé par les Parlambre. Après les cours, et après avoir rendu visite à Ostara, Lemony s'installe dans la bibliothèque. Il a beaucoup de mal à se concentrer sur ses devoirs ; à la place, il entreprend de lire tout ce que la bibliothèque de Poudlard possède sur les Cracmols. C'est à dire, objectivement... pas grand chose. Des articles de journaux sur la nouvelle célébrité du moment, une chanteuse extraordinaire. Sauf que. Ce n'est pas comme si Lemony pouvait s'intéresser à cette chanteuse. Le registre de la jeune femme est trop féminin, et ses poignets le brûlent rien que d'y penser. Alors, retracer son parcours... il hésite. Ce doit être fascinant et bien documenté. L'ascension d'une Cracmolle dans une société qui considère le manque de magie comme un handicap, il doit y avoir plein de lectures fascinantes ! Mais il ne parvient pas à s'y résoudre. A la place, il sort un immense et vieux traité sur la magie, avec des conseils pour éveiller la magie chez son enfant réfractaire et le contenu hérisse les poils de son cou. Donc, à peu près au moment où il se demande ce qui se passe dans la tête de ces parents cinglés et abusifs pour préférer un enfant non magique mort de tentatives dangereuses pour éveiller sa magie... Une jeune fille déterminée s'assied sur la chaise devant lui. Lemony n'a pas véritablement prêté attention à l'espace qu'il occupe. Il est habitué à la solitude. Encore préoccupé par les conseils "Dix moyens de mettre la vie de votre enfant de dix ans en danger pour qu'il soit forcé de faire de la magie et sauver sa peau", il se contente de relever la tête. Et il hausse un sourcil. Gwendolyn Jenkins ne va pas lui faire croire qu'elle est là par hasard. Il y a à peine la place pour le livre qu'elle vient de sortir de façon faussement nonchalante, sur cette table. Lemony referme le livre, l'esprit déjà tourbillonnant de possibilités. Est-elle venue révoquer son serment ? Tenter de le faire chanter ? Est-elle inquiète, comme Thylas, parce qu'elle aura surpris plus que ce qu'elle a admis ? Est-elle... intéressée ? L'enfant sent ses joues chauffer. Il y a pire alliance que les Jenkins, bien entendu. Il sait peu de choses d'eux, en dehors de leurs racines françaises. Aucun des Parlambre n'est sous contrat de mariage ; il n'est pas exclu que Gwendolyn vienne en renseignement, soit seule, soit sous l'injonction de sa famille. L'aiglon est raide, sec, et résolu à attendre qu'elle indique ses intentions. Puis il se souvient qu'ils n'avaient pas fini leur conversation, selon ses termes. Donc, sans considérer ce que cela peut avoir d'anormal, de répondre trois jours après, sourcil haussé et bras croisés sur la défensive, il déclare : — Les théories de domination semblent n'être que des théories. Le vent peut tourner, les élites tomber et être remplacées. Ce n'est pas une chose que les Parlambre oublieront. Pas une seconde fois, du moins. — Pour autant, je suis en position de pouvoir. Et ainsi que tu l'a si bien remarqué... je suis en position de pouvoir juste au-dessus de toi, étant donné mon sexe. Ce sont des inepties, sans doute, mais des inepties qui ont du poids parce que ce qui nous donnent le pouvoir y croient. Il inspire profondément, assez agacé d'avoir perdu une partie de ce qu'il désirait dans cette ellipse de trois jours. — Ceci étant... la hiérarchie est importante. J'ai un devoir envers les Nés-Moldus, et l'ignorer, abuser de ma position pour me complaire dans les richesses sans les guider... cela mènerait à la ruine de notre société. Si nous avons le pouvoir dans le Monde Magique, c'est parce que les Nés-Moldus n'ont aucune conscience de ce qui se joue en sous-main, des codes politiques et des traditions à préserver. Ils arrivent, émerveillés et un danger pour eux-mêmes parfois. Il songe à Tatiana Hosse, à ses phrases naïves, presque dangereuses si elles étaient entendues par des sorciers mal intentionnés. Puis il regarde la jeune fille et essaie de deviner d'où elle vient. Ce n'est pas souvent qu'il a l'occasion de discuter avec quelqu'un à la langue aussi acérée. Quelqu'un qui prend le temps de parler, véritablement, plutôt que d'échanger des banalités auxquelles il ne sait jamais quoi répondre. Qui sont les Jenkins ? Quels sont les souvenirs qui tiennent Gwendolyn en retrait parfois ? Pourquoi lui donne-t-elle cette sensation d'enfant solitaire, la même qu'il perçoit chez Thylas ? Avant qu'elle n'arrive, l'enfant était épuisé. Mais il a un regain d'énergie. Il est intéressé par sa présence. Ses yeux cerclés de violet sombre sont plissés et inquisiteurs. |
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 06/06/2025 à 08:41:03
La réaction de son camarade amusa beaucoup la jeune fille. En même temps, elle n’en attendait pas moins de lui : ne pas lâcher la conversation aussi facilement et revenir à la charge.
Quand il eu terminé de parler des Parlambre (Gwendolyn se rappelait vaguement de ses cours d’histoire de France et de ce qu’elle avait appris sur la famille du jeune homme : apparemment ils auraient eu quelques problèmes lors de la Révolution...) elle s’adressa à lui : -Bonjour à toi aussi Lemony. Elle releva les yeux de son manuel pour le planter dans ceux du garçon. Il avait toujours cet air inquisiteur, méfiant. Aujourd’hui, Gwendolyn avait relevé ses cheveux en chignon en y plantant sa baguette. Elle se sentait davantage en contrôle ainsi, prête à négocier. Elle avait même mis son pantalon d’uniforme au lieu de sa jupe habituelle. Mais quand il continua de s’exprimer, elle perdit rapidement son amusement. -"Ceux qui nous donnent le pouvoir" ? Nous ne sommes plus au XIXeme siècle. Depuis que Hermione Granger, une née-moldue, et une femme, est parvenue jusqu’au poste de Ministre de la Magie les choses ont bougées. Tu as peut-être une famille qui a plus d’or et de pierres précieuses qu’elle ne peut en compter, mais vous n’êtes pas les seuls à posséder des richesses. Évidemment, du haut de ses onze ans, Gwendolyn était une idéaliste forcenée. -Alors quant à la responsabilité envers tes prétendus inférieurs hiérarchiques, dont je fais partie selon tes dires (oui elle avait été piquée au vif par une telle audace de la part du garçon), je crois que nous nous en passerons. Merci pour ta sollicitude ceci dit. Ironisa-t-elle. Elle devait avouer qu’il l’avait un peu agacée. Mais pour qui se prenait-il ? Elle avait des idées et n’allait pas se laisser contredire par un petit nobliau. Pourtant, elle voyait bien que les dires et l’attitude du garçon ne concordaient pas. Elle avait jeté un rapide coup d’oeil en direction des ouvrages posés sur la table. Que des livres à propos des Cracmols. Pourquoi cet intérêt en particulier ? Surtout pour un sang-pur qui semblait croire en ces inepties de rang hiérarchique lié à la naissance. Il paraissait d’une grande sensibilité pour ce qui le concernait mais également pour ceux qui l’entouraient. Et là il semblait accepter, voire adhérer, à la hiérarchie de la noblesse sorcière ? Elle n’y croyait pas un instant. Elle recouvra son calme, comprenant que la situation était bien plus complexe qu’en apparence. Elle se demanda un instant si cette vision initiale du garçon était celle qu’elle même projetait aux yeux des autres en tant que sang-pur. Oui elle était prétencieuse, oui elle se voulait meilleure, plus raffinée et cultivée que les autres enfants. Mais elle ne pensait pas qu’être née-moldue y aurait changé quelque chose. Après quelques instants de silence durant lesquels elle n’avait aucune idée de ce que pouvait bien se passer dans la tête de son camarade, Gwendolyn reprit la parole d’une voix plus posée : -Et que penses-tu des Cracmols ? Pas dans ta hiérarchie non, que penses-tu, TOI des Cracmols ? Elle avait posé la question en désignant d’un geste ample de la main tous les ouvrages disposés sur la table devant eux. Elle ne savait pas où elle posait les pieds avec cette question, mais elle espérait qu’il réagirait. |
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Bienfaiteur du WHP ![]() ![]() 2e année
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 17/06/2025 à 22:33:26 Désolé'e pour le retard, j'étais assez malade. Mais je reviens en force^^
— Bonjour à toi aussi Lemony. L'enfant cille des yeux, à plusieurs reprises, complètement perdu. Comment ça ? Il regarde la jolie coiffure de Gwendolyn, fasciné par la façon dont la baguette retient les mèches entre elles, en se demandant si, longs, ses propres cheveux tiendraient, et s'il pourrait maîtriser les différentes techniques de coiffure... Il la voit se tendre à son discours et l'écoute répliquer, et il aborde un grand sourire parce que enfin ! il peut avoir une vraie discussion avec quelqu'un sur ce sujet, qui va lui répondre ! Il n'a pas vu Daphnée depuis la rentrée malheureusement. Sous sa chaise, ses chevilles croisées frétillent d'anticipation. — Les choses ont-elle véritablement bougé ? rétorque-t-il. Le pouvoir est aux Sang-Purs. Nous avons les postes importants, les votes au Magenmagots. Nous possédons les Domaines, nous avons la main sur les plus grands commerces et traffic, nous échappons aux conséquences de nos actes. Parce que non content d'avoir traditionnellement les votes et donc l'appui en politique... nous avons également des fortunes générationnelles, qui ouvrent les portes du monde. Les Nés-Moldus n'ont rien de cela, aucune connaissance de notre économie, de nos codes. Ils doivent tout apprendre en plus de la magie. Les Cours de Culture Sorcière n'arrivent qu'en sixième année, comment veux-tu qu'ils sachent où investir, quels faux pas éviter ? "Ne te méprend pas, l'inverse est vrai. Nous ne sommes rien pour les Moldus, nous n'avons aucune connaissance, et jusqu'à peu, l'Etude des Moldus était une catastrophe. Il suffit de récupérer des journaux pour s'en apercevoir : en 1993, personne ne connaissait l'équivalent des Aurors, et les spécialistes eux-mêmes ne savaient pas l'orthographier. "Gentes-Dames" ! Et combien de sorciers ne savent pas prononcer convenablement le mot "électricité", invention datant pourtant de plus d'un siècle !" Ah, il divague. Ceci étant, il sait qu'il a raison. Un sorcier qui arrive dans le monde moldu ne gravira aucun échelon important avec les maigres connaissances qu'ont les Sangs-Purs actuels ! — Ce n'est pas qu'une question de pierres précieuses ni de richesses. La corruption est une porte, mais elle reste illégale. Ce sont les liens de nos familles. Peu importe le poste que je désire, je peux aisément trouver une personne influente dans mon carnet d'adresse et lui demander de placer un bon mot. Face à un Né-Moldu, je serai embauché, même si la personne qui recrute préfèrera l'autre candidat. Parce qu'une certaine pression sera exercée sur elle. Ce sont nos connaissances intrinsèques des mécanismes... et des secrets les uns les autres. Il a entièrement conscience de ses privilèges. Et c'est la raison pour laquelle Jade a demandé un programme approfondi quant à la vie des Moldus. Ils savent que des privilèges se perdent. Elle désire que ses enfants puissent disparaître dans la foule non-magique, dusse le vent tourner. Pas de deuxième fois, tout simplement. ***
L'enfant balaie d'un moulinet l'outrage de Gwendolyn. S'immobilise. Il doit arrêter ça. Cette habitude. Le coeur battant la chamade, il pose ses deux mains bien à plat des deux côtés de son lourd traité, le regard glacé. Il ignore si elle laissera passer, si elle le menacera... ou si elle lui expliquera qu'en tant qu'inverti, il vient de passet tout en bas de la hiérarchie. Il préfère attaquer pour parer. — Tu es une imbécile. Et une sacré hypocrite. Ne profites-tu pas de tes richesses, Jenkins ? N'as-tu aucun domestique ? Des domestiques dont il est de ton devoir de prendre soin, d'assurer une retraite, de payer les soins médicaux, parce qu'en tant que Lady d'une Grande Maison, c'est l'échange qui est attendu ? Ils te servent, tu prends soin d'eux. Ses avants bras se tendent, ses mains se crispent. — J'en ai vu, des Lords utiliser des Servants sans se soucier de leurs devoirs envers eux. Bafouer leurs droits. J'ai vu des Lord maltraiter leurs Elfes de Maisons, sans imaginer une seule seconde le potentiel qu'ils gaspillaient. Une relation de confiance avec les Elfes est une chose extrêmement précieuse, nous avons beaucoup à apprendre d'eux. Tant que nous les verrons comme des créatures inférieures, cette société ira mal. Tous les poils de son corps se sont hérissés, et il transpire. — Tu n'as pas besoin de moi. Du point de vue Parlambre, les femmes sont les égales des hommes. Elles sont libres de choisir leur destin. Dans d'autres familles, elles sont des objets et tu le sais parfaitement. Ma responsabilité, elle est envers les Nés-Moldus qui sont vulnérables parce qu'ils arrivent dans un monde dont ils n'ont pas les codes. Je dois les guider. Je dois utiliser mon nom pour leur ouvrir des portes, parce que je suis plus puissant et que les plus puissants protègent les plus faibles. Est-ce que Lemony se rend compte que son discours est complètement contradictoire ? Qu'il est particulièrement anthropocentré, ethnocentré, qu'il se place presque en white savior ? Certainement pas. Il a douze ans. Il veut aider les autres, mais il a les oeillères d'un aristocrate avec une voie en or pavée pour lui. Son droit à la puissance par droit de naissance est à vomir, mais c'est après tout ce qui lui a été répété. Il ne s'est pas encore déconstruit. Ca viendra. ***
A la lueur des bougies de la bibliothèque, les yeux de Lemony s'illuminent littéralement lorsqu'elle pose sa question sur les Cracmols. Gwendolyn Jenkins n'a aucune idée qu'elle vient de se condamner à écouter un monologue passionné sur les Cracmols. Lemony peut en parler durant des heures. D'abord, il prend garde à rester bien droit, les mains posées autour de son livre, avec son accent de la haute : — Les Cracmols ne rentrent pas dans la hiérarchie sorcière ; ils sont en dehors de notre société. Parce qu'il aime corriger et avoir le dernier mot. Et puis ensuite, il se lance : — Le sujet des Cracmols est absolument fascinant. Il existe plusieurs théories, très difficiles d'accès car le sujet est tabou, qui nécessitent diverses autorisations ? Les librairies refusent de les vendre, les librairies du marché noire également parce qu'il s'agit de théories rédigées grâce aux sciences moldues et que les livres du marché noir sur les Cracmols sont semblables à cette horreur que je tiens dans les mains et ont tout un tas de rituels atroces pour tenter de redonner sa magie à un enfant Cracmol. Il y a même des sacrifices humains, avec des runes, des pentagrammes, un Né-Moldu "voleur" d'un côté et un Cracmol à qui l'on va "rendre" la magie de l'autre. J'en ai eu des cauchemars durant des semaines ; Jade était furieuse lorsqu'elle est tombée sur ce livre ; c'est grâce à cela que j'ai eu les meilleures théories entre mes mains. Tu sais ce qu'est l'ADN ? L'être humain est composé de gènes, qui déterminent ses caractéristiques, comme la couleur des yeux, et c'est donné par les gamètes des deux parents. Il en oublie qu'il est en train de parler reproduction à une lady. Il sautille presque sur sa chaise, ses mains battent follement d'excitation : — Donc, sur les gènes il y a des allèles, et pour avoir telle couleur d'yeux, il faut que les allèles soient en majorité. Il y a des gènes récessifs, qui font que certains caractères sont très rare, comme les rhésus négatifs, les cheveux roux, les yeux verts... et la théorie des Cracmols qui se sont lancés dans les sciences pour découvrir pourquoi ils existaient, c'est que la magie est génétique. Lorsqu'un Cracmol naît, ça veut dire que les quatre allèles des chromosomes sur lequel se trouve le gène de la magie sont neutres. Sauf qu'ils n'ont pas encore isolé le gène transmetteur de magie, donc ce n'est pas officiel. Et les Cracmols n'ont pas très envie d'isoler le gène parce qu'ils ont peur de... L'enfant s'interrompt, soudain sombre. L'avortement... c'est tabou, chez les Sangs-Purs traditionnalistes. Mais... et si on testait les bébés ? Seraient-ils abandonnés ou... Ses yeux le piquent. Il est extrêmement sensible sur ce sujet, il l'a toujours été et il n'a aucune idée de pourquoi. Il tente de trouver quelque chose de plus joyeux... et enchaîne sur le mystère qui l'obsède : — Bon, sauf qu'avec cette théorie, ça veut dire que les Nés-Moldus sont forcément des descendants de Cracmols, sinon comment est-ce qu'ils auraient le gène ? Il y a aussi la théorie neuro-développementale que je n'ai pas comprise. Mais la théorie des quatre allèles dites blanches, sans magie, pose question parce que : les Cracmols ne sont pas des Moldus. Sinon on les appellerait moldus. Les Cracmols ne sont pas capable d'utiliser la magie, mais ils y sont sensibles : la preuve en est que les sortilèges repousse-moldus ne fonctionnent pas sur eux, qu'ils sont capables de voir certaines créatures magiques,... bref. Est-ce que le fait d'avoir baigné dans la magie dans l'utérus les y a rendus sensibles ? C'est fascinant ! Mais c'est aussi extrêmement frustrant : personne n'est intéressé par le sujet. Ils sont considérés comme tabous, comme une honte, une punition, ce qui ne fait aucun sens. Et il est odieux qu'ils ne disposent d'aucune prise en charge : Poudlard est accessible à tous, mais personne ne s'occupe des Cracmols de onze ans qui n'ont jamais eu accès à la moindre culture moldue. Personne ne pense à leur demander comment ils vont, aussi, psychologiquement. Ils dérangent et je ne comprends pas pourquoi. Il faut mettre des choses en place, comment est-ce possible qu'en plus d'un millénaire de société sorcière stable, rien n'ait été fait ? Enfin, il s'interrompt, à bout de souffle... et rassasié. Il a un grand sourire aux lèvres, qui illumine son visage et fait disparaître toute la mélancolie, toute l'aristocratie aussi, de sa personne. Il ne reste qu'un garçon de douze ans. Pas exactement normal. Un garçon de douze ans avec un sourire extatique qui se balance fortement d'avant en arrière sans même s'en rendre compte et attend avec impatience la réponse de son interlocutrice, parce qu'elle ne peut qu'être fascinée par ça, elle aussi, n'est-ce pas ? |
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 27/06/2025 à 18:12:35 Pour la deuxième fois, elle vit le visage de Lemony se fermer d’un coup, prendre une attitude stricte et agressive. Mais pourquoi un tel changement ? Que s’était-il passé ? La jeune fille retourna la conversation dans sa tête. C’est elle qui avait été vexée, pas l’inverse ! -Certes il demeure les bons contacts et les pot-de-vins. Et je dois admettre (dit-elle à contre-coeur) qu’actuellement les postes à responsabilités sont occupés en grande partie par les sangs purs. Mais les choses bougent. Pas parce que des aristo (étrangement, elle ne se comptait pas dedans. Elle même se sentait extérieure à tout cela, elle n’avait pas conscience de sa position, n’ayant pas été éduquée comme telle. Elle ne comprennait pas qu’elle avait des privilèges comme l’avait dit Lemony à juste titre) ont daigné accorder de l’attention aux pauvres nés-moldus, non. Parce que les moldus, avec la technologie, ont gagné en puissance. Ils ont leurs propres pouvoirs. Et ceux-ci influencent notre monde comme le leur. Alors pourquoi serait-il de notre devoir de leur apprendre à s’intégrer à notre manière de vivre obsolète ? Ce serait plutôt à eux de nous apprendre comment fonctionne le monde moldu pour ne pas être perdus dans le monde dans lequel nous vivons déjà. Je suis d’accord avec ce que tu dis, nous autres sorciers sommes ignares quant à leur mode de vie. Mais si c’est aussi ce que tu penses, tu dois reconnaitre que c’est une nouvelle ère où le pouvoir a changé de camps malgré ce qu’on peut en dire. On ne peut pas continuer de penser que les vieilles institutions politiques ont autant de poids qu’avant. Ma grand-mère appelle le remplacement de la politique par l’économie "l’infection du capitalisme moldu au monde sorcier". C’était la première fois qu’elle partageait une information personnelle avec le garçon. Elle fut elle même choquée et laissa passer un temps. Elle s’était également rendue compte qu’elle avait parlé de la vieille dame au présent. Sa gorge se serra. -------- Quand elle avait posé sa question sur les Cracmols, Gwendolyn avait surtout voulu voir jusqu’où Lemony croyait en la supériorité des sang-purs. Comme elle l’avait suspecté dans le couloir ce fameux jour, le garçon en face d’elle ne pensait pas que les sorciers avaient plus de valeur que les moldus, et par extension, que les né-moldus ou les cracmols. Mais elle avait toujours énormément de mal à suivre sa pensée. Si ce n’était pas de la supériorité, qu’était-ce donc ? Une différence irréconsciliable ? Une importance du maintient de cette hiérarchie dont il ne croyait même pas en la base ? Un abandon total du combat pour ses croyances devant une fatalité inculquée ? Du haut de ses onze ans, la jeune fille n’avait qu’une vague impression de ces réflexions. Mais cela était suffisant pour susciter d’autant plus son intérêt. Elle écoutait le garçon avec attention, ne cherchant pas ce qu’elle pourrait répliquer. Au contraire, elle absorbait l’information et la passion qui se dégageait de lui. Gwendolyn ne sourait presque jamais, si ce n’est pour exprimer un rictus moqueur. Mais à ce moment là, elle commença à laisser apparaitre de la tendresse sur son visage. Voir l’enfant lâcher prise progressivement avait quelque chose d’émouvant, comme lorsqu’on assiste à quelque chose de rare et de beau à la fois. Surtout ne pas bouger, ne pas parler, de risque de briser le charme. Quand il eut terminé, elle renchérit : -Où as-tu appris toutes ces choses sur l’ADN ? Je n’avais jamais entendu autant d’information au sujet de la génétique. Malgré l’importance des avancées moldues dont je suis consciente et dont je t’ai parlé plus tôt, j’ai peu de connaissances dans les matières non-magiques. Je peux te parler pendant des heures des différentes manières de se connecter à l’Önd lors des rituels runiques, mais impossible d’expliquer comment je fais mécaniquement pour lever mon bras gauche, dit-elle en illustrant ses mots par le geste. Alors qu’il répondait à sa question, Gwendolyn prit l’un des livres de Lemony afin de le feuilleter. Elle ne demanda pas la permission, se comportant avec lui de manière familière. Les titres des chapitres étaient plus horribles les uns que les autres ("Est ce que des transfusions sanguines quotidiennes de sang d’elfe de maison ou autres créatures magiques peuvent développer temporairement les pouvoirs de mon enfant ?") mais malheureusement, elle n’en fut pas étonnée, connaissant le mépris des sang-purs à l’égard de ceux qui avaient failli à leur lignée. Une fillette qui devait être également en première année se plaça juste à côté d’eux, cherchant à atteindre un livre qui se trouvait sur l’étagère à gauche de Lemony. Elle tentait vainement d’attraper un ouvrage qui se trouvait bien trop haut pour qu’elle puisse l’atteindre. Difficile de parler d’un sujet aussi controversé en présence d’un public. Les serdaigles se turent et en observant Lemony un instant, Gwendolyn décela un nouveau changement d’attitude chez le garçon. Plus l’importune sautait et faisait de bruit en cognant l’étagère pour tenter d’attraper son fichu livre, plus Lemony se décalait, fuyant manifestement le moindre contact avec la jaune et noir. Impossible de continuer leur conversation et Gwendolyn voyait bien que quelque chose clochait : Lemony était perturbé, plus qu’il n’aurait dû l’être, ce n’était pas du simple agacement. -Wingardum Leviosa Gwendolyn prononça l’incantation avec force. Son geste était agile et fluide, comme une petite danse. Le livre vola directement se placer entre les mains de la Poufsouffle. -Bien tu peux y aller maintenant je pense. Sous son regard de glace et connaissant la réputation de la petite Jenkins, la coupable déguerpit rapidement. Oubliant immédiatement l’incident, Gwendolyn se pencha en direction de Lemony, comme pour lui faire une confidence. -Et dis moi, est ce que tu en connais personnellement ? Des cracmols je veux dire ? |
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 04/07/2025 à 01:35:07 Lemony écoute attentivement, sourcils haussés dans une expression désespérément snob, mais les yeux pétillants et le corps frétillant d'une longue conversation intéressante qui ne s'arrête pas au bout de trois échanges. Il est assoiffé de telles conversations, après si peu d'échanges avec autrui, des échanges maladroits, interrompus, des échanges où la conversation sautait de sujet en sujet et où lorsqu'il tentait de ramener la discussion en arrière, parce qu'il y avait encore tant à dire, un silence atroce s'installait avant que quelqu'un d'autre lance, encore, un sujet futile, une question inutile, une anecdote déjà cent fois ressassées. — Les aristos? répète-t-il, amusé. Amusé comme un aristocrate, justement. Les lèvres étirées tout juste entrouvertes, le corps lancé en arrière et une expression très smug. — N'es-tu pas Lady Jenkins ? Ah. Il tente de se souvenir. Les Sang-Purs n'ont pas tous un rang aristocratique, les Nobles ne sont pas tous égaux non plus. Il lui semble que la famille Jenkins est pourtant assez haut placée. Il va pour balayer de nouveau l'un des arguments de Gwendolyn mais retient sa main, qu'il crispe violemment sur la table, avant qu'elle ne puisse mouliner. — La technologie des Moldus n'est pas compatible avec la magie. J'ignore pour quoi. L'une des théories est que la magie est une onde et entre en conflit avec leurs propres ondes, agit comme brouilleur. C'est en tout cas ce que lui a répondu le Deuxième Précepteur lorsqu'il a posé la question après une séance de cinéma. — C'est étrange de penser que les Moldus ont gagné en puissance avec la technologie. Etaient-ils faibles avant ? Idiots ? Ils ont pourtant gagné les guerres contre nous. Construit des merveilles. Les Jardins Suspendus de Babylone ! Toute l'architecture de l'Egypte Antique ! Et sans la technologie. L'unique raison pour laquelle nous les considérons aujourd'hui comme "plus puissants" est qu'ils sont devenus une menace parce qu'ils ont– L'arme nucléaire. L'enfant devient quasi-mutique. La puissance nucléaire peut détruire toute vie, sorcière ou moldue, sans distinction. Aucune étude ne prouve que les sorciers résistent aux radiations. L'arme nucléaire est l'une des raisons pour laquelle son enseignement moldu est si approfondi. Si un non-magique au pouvoir décide un jour de partir en guerre contre les sorciers, Jade veut qu'il puisse s'échapper. Mais pire que partir en guerre... ils pourraient exiger le contrôle mental de l'Imperium en échange de la technique nucléaire. Lemony garde les dents serrées pour être certain de ne rien dire de plus. Bien que Jenkins semble-t-être progressiste, il refuse de partager une telle information. La plupart des sorciers n'ont pas même l'idée qu'une telle menace peut poser sur eux. — Le monde magique et le monde non-magique sont séparés, insiste-t-il. Evidemment qu'ils ne sont pas inférieurs à nous ! Morgane, combien de fois faut-il que je le répète ? Seuls les imbéciles méprisent les moldus ! Mon point est que je suis un aristocrate magique. Je protège les êtres vulnérables magiques. Les aristocrates Moldus doivent faire de même avec les êtres non-magiques. Gwendolyn a parlé longtemps ; il a pris des notes pour être certain de ne rien oublier dans sa réponse... Grand-mère... Ah, capitalisme. — Je ne veux pas de l'incursion des Moldus dans le monde sorcier. Lorsque le cinéma est apparu, peut-être... Il ne nécessitait pas d'électricité, nous aurions pu regarder des films grâce aux bobines. Mais le capit– catip— Il bute sur le mot, et cela l'agace. Il est censé être instruit, bon sang ! — As-tu déjà passé une journée dans le monde moldu ? Les voitures, tout le temps, partout, leur bruit. Le goudron fumant, brûlant, l'odeur de ce qu'ils utilisent comme essence. Les magasins ! Des dizaines et des dizaines de magasins ! Il n'y a plus d'habitations en rez-de-chaussée dans les centre-villes, uniquement des magasins à perte de vue qui vendent presque tous la même chose, en trop grand nombre, de façon inutile. Et ça hurle partout. Je portais un casque et des lunettes de soleil, pour ma première sortie, et c'était tout de même douloureux. Des rayonnages à perte de vue avec des produits périssables que tout le monde n'achète pas! Du gaspillage ! Et puis... mon cousin et moi avons été emmenés dans un joli endroit, en France. L'extérieur avait de splendides pierres, un vieux bâtiment à l'architecture moldue très intéressante. Mais l'intérieur ? C'était du plastique. Ils ont gâché une merveille d'architecture pour y mettre du plastique alors qu'il y a déjà plein de ces auberges ailleurs, exactement les mêmes. Dont la nourriture est immangeable. Aurum et moi ne voulions pas manquer de respect aux cuisiniers, nous savons qu'ils travaillent dur. Le Deuxième Précepteur n'avait pas élaboré sur la cuisine, mais Lemony se souvient de la façon dont il retenait un fou rire. De la fureur dans son ventre. De sa décision de ne pas avoir envie de savoir, au final. — Je ne comprends pas pourquoi les Nés-Moldus voudraient retourner là-bas. Le monde magique a ses défauts. Ils peuvent apporter des idées, un regard nouveau. Sur les Elfes de Maisons, notamment. En revanche, cet avalanche de laideur et de gaspillage... Le garçon frémit. Son corps hurle qu'il se battra personnellement s'il le faut, excepté qu'il refuse d'exprimer ce qui le ferait ressembler à un jeune Mage Noir. ***
Assise en face de lui, avec sa jolie coiffure et, de façon nouvelle, un sourire sur son visage, Gwendolyn ne lui évoquait plus une enfant mystérieuse et solitaire errant dans un château sombre et glaciale. Elle était pleine de vie, loin des fantômes entraperçus la première fois. Il y avait eu la façon dont sa voix s'était transformée en mentionnant sa grand-mère. La tendresse était évidente. L'avait-il heurtée ? Il n'avait pas exactement compris les propos rapportés de la vieille femme, et il était curieux. — Que voulait-elle dire par là, ta Grand-Mère ? Il avait hésité ; outrepasser les limites des autres le répugnait. Sauf qu'il y avait une raison pour laquelle Lemony avait été réparti à Serdaigle. Sa curiosité l'emportait très, très souvent. Il songea à ses propres grands-parents. Il ne les avait pas connus. Sa soeur lui avait dit que les jumeaux avaient attendu leur mort pour les faire naître, Aurum, Quartz et lui. Elle... Il existait des mystères autour d'Emerald que Lemony voulait connaître, excepté qu'elle ne le laissait pas approcher. Elle veillait sur lui de loin, très fermement. A distance, et pas de réciprocité. La question sur l'ADN illumina plus encore son visage. Et Lemony eut une brusque révélation. Il voulait que Gwendolyn Jenkins devienne son amie. Pas une alliée, pas une relation de complicité pouvant former un mariage arrangé. Une égale. Une amie à qui il pouvait parler, et qui s'intéressait. Qui lui répondait sans redouter qu'il ruine toutes ses relations sociales ou cesse de l'inviter aux Galas des Parlambre. Des enfants de son âge qui s'inclinaient et lui promettaient mille respects et reconnaissances, Lemony en avait vu défiler. Il avait éprouvé chagrin, colère, frustration, rage. Aucun d'entre eux ne s'était jamais donné la peine de le connaître, aucun d'entre eux ne pouvait savoir que jamais Lemony ne les mettrait en difficulté dans la dure société aristocratique. Et chacun d'entre eux se délecteraient de sa chute au moindre pas de travers de sa part. Le souci étant : Lemony ignorait exactement comment forger une amitié. Celle avec ses cousins était de naissance. Thylas avait pris la main de la leur, jusqu'à ce que quelque chose se brise. Pour le moment, le garçon se contenta de répondre à ses questions. Gwendolyn semblait apprécier leur échange. Et lui s'en délectait. — Mon éducation a été divisée entre EMP, que tu avais aussi j'imagine, étiquette et sociabilisation... et un Deuxième Précepteur, qui m'instruisait sur le monde moldu. J'ai appris à pouvoir utiliser leur argent, à savoir vivre parmi eux. Leur monde évolue vite ; il a promis de m'envoyer chaque été un dossier avec les nouveautés les plus importante. En dehors de la pratique, il m'a enseigné les sciences, la littérature, l'art et leur histoire. Nous n'avons pas pu tout couvrir ; l'EMP prenait parfois toute la place. Le Premier Précepteur ne voulait pas perdre son emprise sur Lemony. L'enfant commençait tout juste à le comprendre. — Jade, ma mère, a insisté pour que le programme soit axé sur les sciences. Je n'ai que quelques bases de littératures, j'ignore la plupart des noms et des courants. En revanche, elle estime qu'il est primordial que je comprenne le fonctionnement du monde. Il s'efforce de ne pas être désobligeant, mais il est atterré par les paroles de son interlocutrice. Comment peut-on ignorer à ce point comment fonctionne son propre corps ? — Cela ne te terrorise pas, d'ignorer pourquoi ton coeur s'accélère, pourquoi le sang s'arrête de couler lorsque tu te blesse ? D'ignorer ce qui se passera si ton bras se casse, ou si tu souffres soudain d'un endroit sans savoir pourquoi, de quand et comment et pourquoi tes cheveux vont blanchir, et pourquoi ton corps d'enfant commence à changer? En tant que femme, saigner tous les mois, sans savoir si ça va s'arrêter, ni pourquoi ça se passe... ça ne te terrorise pas ? Est-ce que Lemony vient de parler de menstruations à une Lady ? Effectivement. Est-ce qu'il vient de mecspliquer les règles à une fille ? Très clairement. A sa décharge, il n'a aucune connaissance de comment les familles qui ne donnent pas d'éducation biologique à leurs enfants gèrent la découverte de la puberté. ***
Tandis qu'il désigne le livre que l'aiglonne s'est approprié, une autre enfant s'approche d'eux.— Tu es certain de vouloir t'infliger ça ? Il existe de meilleures ressources. murmure-t-il, le visage froncé par l'écoeurement. Un bruit sourd le fait violemment sursauter. Leur camarade tente d'attraper un livre. Lemony fait le tri dans les ouvrages qu'il a apportés à table. Le bruit est répétitif. Violent, incessant. Il résiste à l'envie de plaquer ses mains sur ses oreilles. Il résiste à l'envie de hurler. Il résiste à l'envie de se rouler en boule. Ses poignets frappent la bordure de la table sous l'effet du stress. Il ne sent pas la douleur. Il s'écarte. De l'inconnue, du bruit qu'elle apporte, de la bulle de confiance qu'elle brise. Revêt aussitôt son masque de marbre. Ses yeux, en revanche, il ne parvient pas à les contrôler, et les larmes brouillent bientôt sa vue. Le bruit est insupportable, et sa répétition empire les choses. Lemony est au bord de la nausée. Ca ne s'arrêtera jamais. La bibliothèque est censée être un sanctuaire calme. L'unique endroit où il peut se concentrer tout en n'étant pas isolé des autres. Il n'en peut plus, de ce bruit. De cette douleur. C'est trop. Il veut juste que ça s'arrête. Partir de Poudlard avant la fin de sa première année. Loin du bruit, loin des inconnus, loin de la foule, loin des autres qui brisent sans cesse sa bulle d'intimité. Avec ses sauts, la Poufsouffle a manqué de le toucher, et il est possible qu'il ne puisse pas supporter un contact de plus. Gwendolyn est visiblement extrêmement agacée par ce bruit également, mais contrairement à son camarade de maison, elle a assez de force pour lancer un sort et congédier l'importune. Bien que le garçon soit reconnaissant, son estime de lui-même s'érode un peu plus. Tous parviennent à outrepasser leur douleur face au bruit. Les invertis sont plus faibles par nature. Quoi qu'ait pu faire le Précepteur, chacun de ses mots à ce sujet est véridique. Il ne va pas bien. Il avait réussi à refouler la sensation, mais l'épisode vient de fragiliser ses barrières. Parce que ses pieds sont dissimulés par la table, Lemony croise ses chevilles et les secoue frénétiquement. Peu à peu, il retrouve un semblant de calme, dont il utilise l'énergie pour empêcher ses mains de bouger. Il se balance d'avant en arrière, de nouveau, sans s'en rendre compte. Mais l'énergie qu'il dégage est différente. Le rythme est plus lent, plus saccadé, les mouvements plus amples. La question de Gwendolyn met trop longtemps avant d'être enregistrée dans son cerveau. Est-ce qu'il connaît des Cracmols ? La question que chacun se pose dès qu'il évoque le sujet. Pour la société sorcière, il n'a aucune raison de s'intéresser à ces rebuts s'il n'est pas directement concerné. — Non. Il devrait relancer la conversation, mais son cerveau tourne à vide, ses chevilles s'agissent à toute vitesse, et il commence à prendre conscience du mouvement de son corps. Et puis, il doit corriger son erreur dans sa réponse. — Si. J'avais oublié. Certains de mes amis d'enfance sont des Cracmols, j'ai passé plusieurs semaines en leur compagnie. Leur père était un Cracmol, et aucun d'entre eux n'a développé de pouvoirs, ce qui confirme ma théorie du gène. Je n'y pense pas. Au fait qu'ils soient Cracmols. Ce sont des amis de mes parents. Leurs enfants sont mes amis. Ca ne change rien. Sa propre voix, affreusement monocorde, résonne à ses oreilles. Et il ne sait pas quoi faire. |
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 28/07/2025 à 10:39:26
Lady Jenkins ? Oui, certaines personnes l’avaient déjà appelée comme ça. Lors des rares fois où elle s’était rendue à des galas avec ses parents, habillée comme une poupée de porcelaine, ses cheveux bien attachés, sa robe à panier parfaitement ajustée. La fois où elle avait accompagné sa grand-mère lors d’un congrès de recherche (toujours tirée à quatre épingles mais au moins, elle avait eu le choix de sa tenue). Les elfes de maison, aussi. Ayant vécue recluse dans la maison de ses parents, puis au manoir, elle rencontrait des difficultés à s’identifier à ce titre. Mais à chaque fois, elle avait ressenti de la fierté, comme s’il s’agissait d’une marque de considération et de reconnaissance de sa noblesse de caractère, de ses manières respectables. Après les paroles de Lemony, elle comprenait maintenant qu’il ne s’agissait pas de cela, mais simplement d’un respect du protocole. Elle resta donc interdite un moment après cette question. Rassemblant ses idées, elle finit par prendre la parole :
-Oui cela est juste. Mais j’accorde plus de valeur à l’éducation et aux bonnes manières qu’aux droits de naissance. Elle ne comprenait manifestement pas que tout ceci était lié. Que c’est parce qu’elle avait la chance d’être bien née qu’il lui avait été aisé d’accéder à cette éducation dont elle se glorifiait. Elle enchaîna avec plus de lucidité : -Et je pense qu’un né-moldu n’a pas besoin de venir d’une famille de sorciers pour se faire sa place dans un monde où la noblesse est dépassée et qui a été tellement influencé par la manière de vivre des moldus. Elle ne comprenait pas comment on pouvait croire que le monde sorcier et le monde moldu étaient si distincts. Comme si une barrière invisible séparait les deux. Ce que Gwendolyn savait du monde, elle l’avait appris dan les livres. Mais à part tout le côté magique évidemment, les romans moldus exprimaient les mêmes émotions, les mêmes tourments qui pouvaient agiter les sorciers. Ils ne se déplaçaient pas pareil, n’écrivaient pas pareil, ne se soignaient pas pareil. Mais leurs motivations, leurs joies et leurs peines, étaient les mêmes. Les sorciers étaient vulnérables à de plus grands dangers (des sorts mortels, des créatures redoutables) mais avaient aussi bien plus de moyens pour se défendre. L’un dans l’autre cela s’équilibrait. Et les nés-moldus savaient parfaitement s’adapter, notamment car plus le temps passait, plus les moldus apportaient des changements dans notre monde. L’enfant parla encore des prouesses réalisées par les moldus avant l’arrivée de la technologie. Gwendolyn voulut lui rétorquer que ce n’était pas comparable car maintenant ils avançaient bien plus vite, la technologie remplaçant les effets de la magie en termes d’assistance, de communication, de protection, de violence. Mais elle se retint en voyant Lemony blêmir devant ses yeux. Qu’allait-il dire ? Pourquoi s’était-il arrêté ? Il semblait terrifié. La jeune fille décida de ne pas le pousser dans ses retranchements. Elle était terriblement curieuse et mourrait de savoir ce qu’il avait voulu dire. Mais elle commençait à percevoir le caractère et la manière de fonctionner du garçon en face d’elle. Elle savait qu’elle n’en tirerait rien ainsi et surtout qu’il risquait de revenir sur la défensive alors qu’il commençait enfin à s’ouvrir un peu et à lui dévoiler d’autres facettes de sa personnalité. A leur première rencontre il l’avait menacée, s’était emporté et semblait être dans une souffrance terrible. Maintenant, il échangeait de manière construite, toujours avec la même détermination mais sans la considérer comme une ennemie. En tout cas c’est ce qu’elle percevait. Elle attendit donc patiemment qu’il sorte de son état second, déconnecté de ce qui l’entourait. Pour s’occuper, elle traçait du doigt les runes dans le manuel qu’elle venait de sortir. Quand il revint à lui, il réaffirma sa position, énonçant les arguments qu’elle lui avait déjà prêté. Cependant il buta sur le mot qu’elle avait prononcé auparavant, un mot qu’il n’utilisait donc pas si souvent manifestement : capitalisme. Gwendolyn elle-même devait avouer qu’elle ne comprenait pas tout à fait ce que cela signifiait. Mais elle était trop fière pour l’avouer et poser des questions à sa grand-mère ou à un professeur. Elle avait donc essayé d’effectuer ses recherches seule mais difficile de comprendre ces sujets quand on a dix ans... Elle en savait tout de même assez pour douter de l’affirmation de Lemony selon laquelle leurs deux mondes s’opposaient et ne pouvaient interagir. D’un autre côté elle devait admettre qu’elle n’était jamais allée plus de quelques heures dans les quartiers moldus. Le garçon quant à lui, semblait savoir de quoi il parlait pour l’avoir expérimenté. Gwendolyn ressentit tout le dégoût qu’il avait pour certaines créations des moldus et elle se rendit compte qu’il y avait tout de même des choses dont elle n’avait pas fait l’expérience, contrairement à Lemony. Mais elle ne pouvait pas se tromper sur l’influence du système politico-économique des personnes n’ayant aucune conscience du secret magique, si ? Cela voudrait dire que sa grand-mère s’était trompée et ça, elle ne pouvait l’accepter. Il fallait qu’elle découvre par elle-même ce monde dont elle pensait tout connaitre mais dont la réalité lui échappait. -Ma grand-mère pensait que grâce aux alliances diplomatiques avec certains dirigeants moldus et les avancées technologiques qui remplacent l’utilisation de la magie, nous avons fini par nous inspirer des politiques d’efficacité des moldus. J’ai lu que pour regagner du pouvoir et de l’influence, les familles de sorciers non-nobles investissent de l’argent afin de prendre le contrôle des financements et donc, de la bonne marche des affaires. Récita-t-elle sagement. Quelle que soit leurs origines, tous les sorciers peuvent maintenant être influents sur un monde originellement dirigé par une aristocratie. Je dois t’avouer que je ne comprends pas vraiment pourquoi grand-mère, une femme pourtant si progressiste, voyait ce système comme une mauvaise chose… Si elle avait eu le courage de poser la question à la vieille dame de son vivant, elle aurait répondu qu’il s’agissait d’un système basé sur le gain de l’argent au détriment de toute autre considération. Que les discriminations continueraient. Et que finalement l’argent se passait comme héritage, à l’instar d’un titre de noblesse. La fillette avait encore beaucoup à apprendre. Lemony était manifestement très intéressé par ces réflexions. Cependant il semblait ignorer cette facette du fonctionnement du monde, moldu comme sorcier. Aurait-il eu une éducation biaisée, ne lui faisant voir que ce qui ne bousculait pas la croyance en l’hégémonie des sang-purs dans le monde sorcier ? -Tu sembles être allé plusieurs fois dans les villes moldues. Les restaurants, le cinéma cela semble être une expérience très enrichissante. Comment t’y es-tu pris pour t’y rendre ? As-tu déjà… emmené quelqu’un avec toi ? Elle avait parlé plus bas en posant cette dernière question, comme si quelqu’un allait surgir pour la prendre en flat grand délit de volonté d’échapper à son environnement si restreint. Elle n’avait presque jamais quitté les limites des propriétés successives où elle avait habité. Ses parents la prenant pour un boulet de bagnard qui ne pouvait voyager avec eux, et sa grand-mère trop absorbée par sa propre recherche dans les grimoires. Malgré tous ses apprentissages, il lui manquait une chose de cruciale : le vécu. Et même si elle ne connaissait encore pas beaucoup Lemony, elle était réellement curieuse de comprendre sa pensée et les endroits qu’il avait vu. Peut-être pourrait-il lui apprendre certaines choses en l’emmenant avec lui ? ***
Plus l’enfant parlait, plus elle appréciait leur conversation. Il était cultivé et avait ce quelque chose de plus profond, plus personnel qui jaillissait furtivement de temps à autre. Ce qu’elle avait aperçu dans le couloir le jour de leur rencontre était de la poésie pure et elle espérait pouvoir admirer de nouveau cette vulnérabilité. -A l’inverse, j’ai beaucoup étudié les lettres. Les essais sorciers comme les romans moldus. Jane Austin, Louisa May Alcott, Asimov, Jules Verne, Brontë, Rousseau… L’étiquette était bien sûr au programme mais aussi les langues, anciennes comme modernes, et la musique. Il y avait également astronomie, runes, étude des potions, histoire et sortilèges, si c’est ce que tu entends par EMP. Les sciences moldues n’ont pas fait partie du programme de mes instructeurs. Grand-mère jugeait cela moins pertinent puisque la magie réparait les os en un clin d’œil et pouvait faire tomber la pluie… Autant de choses que la science n’explique pas. Cette dernière information surpris grandement son interlocuteur et Gwendolyn fut amusée de le voir si scandalisé : une émotion qu’elle n’avait pas encore vue chez lui. Emporté par son élan, il lui avait même pris l’exemple des menstruations. Elle avait levé un sourcil interrogateur à cette dernière évocation. Le garçon en face d’elle connaissait donc les « préoccupations féminines » comme disait la tante Violet qui lui avait expliqué il y a quelques années déjà comment naissaient les petits sorciers et les petites sorcières (jusqu’alors, Gwendolyn pensait qu’ils étaient préparés dans les chaudrons). Entre temps, elle avait lu de la littérature féministe moldue et appris de nombreuses choses sur l’invisibilisation des douleurs et des tabous chez les femmes. (La fillette n’avait pas réellement connaissance du concept de transidentité, d’où sa définition très restrictive des femmes). Qu’un garçon de son âge ait conscience d’un tel phénomène et qu’il soit prêt à en parler l’étonnait grandement. Malgré toutes ses convictions, elle était un peu gênée par la conversation, ce qui l’agaçait profondément. Pour contrer son malaise, elle répondit sur la défensive d’un ton prétentieux tout en rejetant une mèche de cheveux qui s'était échappée de sa coiffure : -Evidemment que je sais ce que sont les menstruations. Disons que je connais les bases en sciences de la vie, ce que j’ai vraiment besoin de savoir. Mais la biologie est trop concrète, ce n’est pas une matière assez conceptuelle à mon goût. Je ne veux pas me salir les mains, je veux penser. Elle avait prononcé ce dernier mot avec emphase, pour en souligner l’importance capitale dans sa vie. Une conviction qui avait été un peu mis à mal ces derniers temps… tout au long de l’année, elle s’était surprise à prendre plaisir lors de cours manuels : les potions, la botanique. Elle avait même cédé à sa pulsion de s’inscrire en cours de premiers soins sorciers. Et maintenant elle voulait visiter le monde moldu… Elle devait se reprendre et suivre le plan construit depuis tant d’années. Elle continua, plus pour se convaincre elle-même : -Je ne dois pas m’éparpiller si je veux atteindre mon objectif : me démarquer dans la recherche en magie théorique. Elle avait prononcé ces mots avec fierté, le menton relevé, le regard déterminé. ***
Gwendolyn ne pensait pas que l’incident de bibliothèque aurait ébranlé Lemony à ce point. Evidemment elle était intervenue car elle avait vu l’immense détresse du garçon, sans qu’elle puisse l’expliquer. Mais même après le départ de l’impertinente, Lemony hésita sur sa réponse, se reprenant comme s’il essayait de recouvrer ses esprits. Il avait donc connu des cracmols. Gwendolyn s’en était un peu doutée mais cela lui semblait bien peu pour s’intéresser à ce point au sujet. -Moi je n’en ai jamais rencontré. Enfin, pas que je sache disons. Est-ce que les enfants que tu as connus ont… expérimenté ce genre de tortures ? Dit-elle en désignant le livre qu’elle tenait encore entre les mains. |
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 01/09/2025 à 00:16:28 L'étincelle de reconnaissance à la mention de Lady Jenkins n'échappe pas à Lemony, qui adopte aussitôt une attitude de participant à un Gala des enfants. Ses épaules partent plus en arrière, presque relaxées, le masque sur son visage vient prudemment se poser pour éviter les secrets dévoilés mais il laisse filtrer tout son amusement par ses sourcils haussés et un véritable sourire à peine un brin "tu vois", pas même moqueur. Il est confortable dans cette atmosphère aristocratique. Elle est de celles qu'il préfère. A condition de pouvoir se retrancher lorsque la fête est terminée, d'avoir sa propre chambre, si importante, et les ailes où ils peuvent, ses cousins et lui, déposer tous les masques invisibles qu'ils possèdent. S'il n'avait eu le masque, Lemony aurait roulé des yeux, claqué de la langue avec désapprobation, et laissé son agacement l'emporter dans une diatribe. Mais plongé dans les codes du Gala, il perçoit soudain autrement la situation. Gwendolyn Jenkins est une novice. Or, l'Héritier Parlambre ne s'énerve jamais contre les novices ; il prend garde à ne pas les mettre en difficulté et il leur accorde une indulgence particulière. Son regard se radoucit, son sourire se fait plus petit, mais plus sincère tandis qu'il secoue la tête. Ses cheveux ont tant poussé cette année qu'il sent les pointes que le soleil a rendu rousses balayer son cou, le distrayant un bref instant. — Il y a un paramètre que tu ne prends pas en compte, Lady Jenkins. Qui sont ceux ayant accès à une éducation telle que la tienne ? Qui, en dehors des aristocrates et des Nobles, voire des Nouveaux Riches, reçoit des cours de, ah bonnes manières ? L'expression est véritablement en français. Bien des Sang-Pur anglais ont des notions de français, parce que c'est la langue Noble par excellente, celle que l'on apprend pour dire "Pas devant les domestiques" avec un accent qui le hérisse chaque fois. — Quels sont les enfants obtenant une éducation avec Précepteurs triés sur le volet ? Les Nés-Moldus ne choississent pas ce qu'ils étudient, et leurs parents non plus. Ils sont regroupés dans des groupes de leur âge, sans accompagnement personnalisé. Cela leur apprend à sociabiliser... bien mieux que nous, il faut l'admettre. Ils ont des codes incompréhensibles mais qui leur sont innés parce que gravés en eux depuis le plus jeune âge. Leurs fréquentations ne sont pas choisies, leurs cours non plus, et encore moins la qualité de l'établissement. Lemony soupire, ses épaules s'abaissent tandis que ses souvenirs l'entraînent au premier jour de l'année, lorsqu'il n'avait pas encore compris à quel point ces codes lui feraient défauts... et à quel point les siens ne seraient pas respectés par les autres. — Les aristocrates perdent du pouvoir, je te l'accorde, marmonne-t-il. Au moins parmi les nouvelles générations. Il laisse s'effacer complètement le masque pour regarder son interlocutrice, visage triste et mélancolique. — Les sorciers qui ne sont pas aristocrates reçoivent l'éducation de leurs parents ; ceux-ci choisissent ou non de donner des cours d'étiquette. Mais ils ne peuvent, jusqu'à leur onze ans, connaître que ce que leurs parents connaissent. Nous avons accès à tout ce qui est possible au monde. Ton exigence que les autres soient aussi éduqués que toi et respectent étiquette et bonne manière est insultante ! Le son de sa voix est monté. La rage le dévore, une rage qui n'a pourtant rien à voir avec lui-même. Il peut donner tout ce qu'elle désire à Lady Jenkins sur ce terrain là. — Tu ne réalises pas à quel point ce que tu dis signifie que tu te penses supérieure à tous ceux qui n'ont pas eu la même éducation que toi. Tu les méprises, mais tu crois valoir mieux que moi parce que tu te fiches de leurs origines du moment qu'ils sont bien éduqués ? Ha ! Une main tendue, une aide sociale, est meilleure qu'un nez froncé. Tu opères exactement la même séparation que moi, la différence étant que je connais mon devoir, je sais et je veux les aider. Est-ce un complexe du sauveur, une illusion d'un enfant qui veut bien faire et être gentil avec tout le monde mais sans renoncer à tout ce qui est confortable ? Il reste que quoi qu'il dise, il ne vient pas même à l'esprit de Lemony de renverser ce système de classe injuste. — Tu ne sais rien de l'éducation moldue, mais je ne t'aie pas laissé penser que tu étais une idiote mal éduquée. Je t'ai informée de ce à quoi elle ressemblait, comme j'ai été informé moi-même à la rentrée. Et... c'est si étrange, quoi que si fascinant. Ils apprennent à jouer, à prêter, à toucher les autres, ils apprennent par le jeu tout en étant plongé directement dans le Lac Noir sans avoir eu de cours de natations avant. Je me demande... il est trop tard aujourd'hui, mais j'aurais aimé pouvoir faire cette expérience de l'école moldue. L'étudier de moi-même, cela semble fascinant. Toute tristesse a disparu. Lemony a les yeux qui brillent, les mains agitées qui font tournoyer sa plume parce qu'il veut noter quelque chose, simplement quoi, et il doit bien surveiller ses mains s'il ne veut pas qu'elles reprennent leur liberté et le trahissent ! Il hésite entre rage et "Je trouverai un moyen de regarder à quoi ça ressemble". Surtout qu'il ne veut pas s'attarder sur sa propre éducation. Sur les Précepteurs que ses parents ont choisi. Il est curieux de savoir ce que ceux de Gwendolyn ont priorisé mais, Morgane! comment pourra-t-il répondre sans que ne lui échappe sa plus grosses interrogation ? Est-ce qu'être ligoté à sa chaise jusqu'à en avoir des cicatrices permanentes fait partie de l'éducation désirée par son père et sa mère ? Il sent que son monde en serait bouleversé. Il sent aussi que son propre rapport à lui-même est problématique, parce qu'il a pensé mérité cette torture et n'a réalisé sa gravité que lorsque son cousin en a été victime. ***
Lemony écoute le discours qui semble, au ton de voix, répété presque mot pour mot et éminemment convaincu. Une partie de lui enrage parce qu'il n'a absolument aucune connaissance pour ce débat. Dans le futur que lui et ses cousins ont planifié, la finance sera le domaine de Quartz puisqu'il ne quittera pas le Domaine, ou bien d'Aurum, si charismatique qu'il fera tourner la tête des négociateurs. Lemony n'a jamais été envisagé comme Héritier financier. Si les quatre adultes se retrouvaient dans l'incapacité de gérer les finances, actuellement ce serait Emerald qui prendrait le relais. Emerald et son petit commerce clandestin chez les Serpentards. Emerald et son réseau d'informations monayées par le troc, plus précieux à ses yeux que l'or. Sans compter qu'actuellement, Onyx est celui qui s'occupe des coffres Parlambre. Il est évident que Jade a les connaissances, mais Lemony n'a pas reçu un seul cours d'économie. Des leçons, par-ci par là, selon les chapitres. Et une explication sur le capitalisme de la part du deuxième Précepteur qui l'a laissé écoeuré quand il l'a vu par lui-même. Il connaît le système, il connaît les répercussions aussi bien qu'un enfant qui a baigné dedans. Mais des notions aussi complexes que celles abordées par Gwendolyn ? Il ne peut pas y répondre. Il n'a pas les sources. Ses poings, d'ordinaires traîtres, se referment de frustration sous la table et contre ses cuisses. La colère lui fait monter les larmes aux yeux. Ce n'est pas juste ! Ils ne sont pas à armes égales ! Il ne sait pas, ce n'est pas juste ! Contrôle-toi. Pervers. Regarde tes réactions de femme qui a ses vapeurs. Clac. Aussitôt le masque se referme sur le visage de Lemony ; c'est tout juste s'il n'entend pas ce concept pourtant métaphorique lui tomber sur le visage. Il redresse le dos. Mets les mains à plat sur la table. Décroise les pieds du long des chaises ou il avait enroulé ses jambes. Dos droit, assise parfaite, regard bien en face de son interlocutrice. C'est une réaction réflexe d'un enfant traumatisé par six années de conditionnement maltraitant. Il ne sait plus ce qu'elle disait. Il ne sait plus vraiment ce qu'il fait là. Dans son esprit, le brouillard prend toute la place. Alors, il baisse les yeux sur ses notes et tombe sur la notion qu'il avait entouré. "Grand-Mère". Toute la diatribe de Gwendolyn lui revient et il éclate d'un rire amer, de ceux qui appartiennent aux Galas quand il déprécie un hôte, ou du moins son discours. — Vraiment ? Tu n'as absolument aucune idée de pourquoi ta grand-mère dépréciait cela ? Quelque chose l'avertit, dans le brouillard. L'affection de la jeune Jenkins pour sa grand-mère. Son rire s'arrête, et son ton se fait bien plus respectueux. — Est-ce... the Dowager Jenkins ? Il s'agit d'une femme intelligente et pleine de bon sens. Elle voit ce que tant de personnes ignorent. Ce que ceux qui, comme toi, crient à l'égalité ; ceux qui arrivent dans ce monde et crient au népotisme ; ceux qui veulent abattre l'aristocratie. Elle se pose la question : que se passe-t-il ensuite ? Une alliance entre Moldus et Sorciers le terrorise. Il pense à ce que chaque partie peut monayer. Pas l'Avada Kedavra, non. Les Moldus ont depuis longtemps leur propres poisons indétectables et la grand-mère maternelle de Lemony était fascinée par les Borgia : il a donc lu quelques extraits des lourds tomes que possède sa bibliothèque. Lemony pense à l'Imperium contre la bombe nucléaire. Lemony pense à la lycanthropie contre les thérapies de conversion. Ne demandez pas comment il connaît leur existence ni "électrochoc pour thérapie par aversion". Lemony pense au Doloris, au Doloris jusqu'à la folie parce qu'une fois encore, les Moldus ont leur moyen de torture mais ces tortures ne font pas systématiquement flancher un esprit, contrairement au Doloris. Le Doloris contre les armes biologiques. Les échanges entre laboratoires pour que les maladies moldues puissent infecter les sorciers. Lemony pense aux Détraqueurs contre... quoi ? Il ne connaît pas assez bien les horreurs créées par les Moldus, mais il sait que des échanges et des mélanges. — Ecoute moi, Lady Gwendolyn, parce que j'ai conscience que de tels mots provenant d'un enfant sont terribles. Mon cynisme et mon nihilisme ne devraient pas être : je suis un Sang-Pur et nous sommes les plus puissants, nous pouvons tout surpasser, n'est-ce pas ? Alors écoute-moi très attentivement, parce que ce n'est pas quelque chose que je redirai. Ni en public ni. Qu'importe. Les deux Mondes doivent rester séparés à jamais. Et ce n'est pas parce que les Moldus sont des incapables ou n'ont rien nous apprendre. Le fait que nous ne puissions pas manipuler la technologie est une bénédiction, et personne ne devrait être autorisé à étudier comment contourner cela. Tu penses aux échanges, à tout ce qui pourrait en sortir de bon. Est-ce que tu imagines tout ce qu'un chef d'Etat mal intentionné pourrait créer s'il échangeait l'Imperium contre... quelque chose de même valeur ? Je ne crois pas que les humains sont naturellement bien intentionnés. Je suis navré. Sa voix est froide, monocorde même. Il lui semble que de la buée sort de sa bouche et– en est-ce ? Est-ce le début de sa puberté, le début du Don ? Ou imagine-t-il ce qu'il désire ? — Le système aristocratique permet de s'assurer que chacun connaisse son devoir, et bien qu'il y ait des dérives, la vie sociale des Nobles permet d'ostracisés ceux qui traitent mal leurs vassaux. Maintenant, mettons en application ces Nouvelles Fortunes... mais qui s'émancipent des Nobles. Resplendissant d'argent, se baignant dans l'or... Et sans la moindre garantie morale. Sans avoir de compte à rendre à personne? Pouvant prendre tout l'argent qu'ils veulent, hmm ? Mais sans donner protection ou aide en retour. Est-ce que tu penses que des gens qui ont lutté bec et ongles pour gagner le pouvoir de l'argent, le pouvoir donc, des gens assoiffés de pouvoir... est-ce que tu crois qu'ils vont être bienveillants et généreux ? Lemony crache presque, comme un serpent venimeux cette fois. Par Avalon, qu'il méprise l'égoïsme, qu'il méprise la cupidité et l'avarice, l'accumulation sans aide. Tout son être lui crie de tendre la main aux autres, sans cesse, et pendant ce temps là, certains prennent un malin plaisir à blesser ? C'est assez que ces foutus sorciers aient fait croire à une Révélation pour en vérité asservir les Moldus et se soient servi des bons sentiments des gens. C'est assez qu'il existent une Organisation qui ait toujours ce dessein. Il ne veut pas savoir ce que ça donne du côté moldu, et encore moins si on mixe les deux. Un peu secoué par la violence qui le traverse, ignorant si ses mots étaient des simples mots ou teintés de prémices de Dons, auquel cas il a peut-être malencontreusement blessée son interlocutrice, Lemony opte pour la solution d'apaisement la plus simple. Il tend la main à travers la table, et effleure gentiment celle de Gwendolyn. Une invitation à la serrer et puiser du réconfort. — Ta grand-mère est brillante et nous avons besoin de son influence. Elle comprend... quelque chose que je ne comprend pas encore. Je sais juste que ça ne se passerait pas bien parce que je crois que non, les humains ne sont pas en majorité bienveillants. Ta grand-mère a dû voir autre chose. J'espère que j'aurai l'honneur de la rencontrer, et de recevoir cette connaissance. Je retiens juste que l'aristocratie vient avec des standards et des devoirs qui protègent tout le monde. ***
Lorsque la voix de Gwendolyn se fait basse et conspirante, Lemony penche la tête sur le côté, intrigué. C'est une habitude qu'il a prise en lisant des livres, car les personnages y ont souvent cette attitude.Il entend sans soucis, mais ils sont relativement isolés ; les murmures doivent pouvoir rester confidentiels. Ce qui pose question c'est : pourquoi en murmure ? — Lorsque j'ai eu six ans, mes parents ont embauché un Deuxième Précepteur afin qu'il m'enseigne... non pas l'Etude des Moldus. Je ne les étudies pas comme on étudie... cette appellation est très étrange, ne trouves-tu pas ? Il semble que nous étudions une autre espèce. Mon éducation était divisée en plusieurs modules : "Vie Quotidienne Moldue" "Histoire Moldue" "Cultures des Cinq Continents Moldus"... Ils ont autant de civilisation que nous, et jamais je ne pourrai tout apprendre, de même que je ne maîtriserai jamais les magies et sorts de toutes les cultures sorcières. Ah. Le garçon réalise qu'il s'est laissé distraire, encore une fois. Mais cette différence... Cette appellation. Comme si "Moldus" était une espèce, au même titre que les Centaures ou les Gobelins. Comme s'ils avaient une culture unique. Les Moldus sont le pendant des humains qui ne maîtrisent pas la magie, le revers d'une même pièce. Il tente de se concentrer, mais avec son dos toujours aussi droit, ses jambes qui touchent bien le sol mais dont les chevilles commencent à frétiller et ses mains à plat, il éprouve le besoin physique de bouger. Dans son corps, une douleur familière naît. — J'ai donc eu des sorties dans le monde moldu, car la pratique ne peut remplacer la théorie. Mes parents ont désiré un accès particulier sur la culture Moldue, ce qui explique que j'ai eu accès au ciném– Plus il parle de l'éducation qu'ont choisi ses parents, plus il se sent agité et du bruit remplace le brouillard cérébral dans son esprit. Sous trop de frustration, ses jambes parent violemment en avant et, Morgane ! C'est libérateur, ça fait du bien et– Lemony se fige. Quelque chose... Son coeur bat à toute allure. Sous ses vêtement, il commence à transpirer et une fine pellicule de sueur recouvre son front. La peur, l'angoisse, oui. Il respire comme il peut. Avec l'impression qu'aucune gorgée d'air ne sera jamais assez pour fournir à ses poumons l'oxygène dont il a besoin, mais en tentant de paraître calme tout de même. S'il ignore les signes vitaux de détresse, alors son interlocutrice les ignorera aussi, comprenant qu'il n'en fait pas grand cas. Dans tout ça, Lemony a complètement manqué le sous-entendu de Gwen Jenkins. Il répond qu'il était toujours avec son Précepteur mais qu'il aurait aimé que sa soeur se joigne à lui parfois. Si l'aiglonne veut qu'il comprenne sa demande, elle va devoir être explicite. ***
La jeune fille parle de l'éducation qu'elle a reçue, mais Lemony l'entend à peine. Le son de sa voix permet, en revanche, d'apaiser le rythme de sa respiration. Il saisit des mots connus, des mots communs dans son quotidien ; l'allusion au sciences qui le happe hors de cette angoisse sourde qui l'a saisit depuis son mouvement trop brusque. Fort heureusement, lorsque son opinion est contredite, Lemony peut-être très véhément, et il ouvre des grands yeux, absolument scandalisé : — Oh, que les déesses me viennent en aide ! Tu es en train de me dire qu'une partie de mes camarades Sang-Pur n'ont absolument aucune idée du fonctionnement des muscles, du système digestif ou respiratoire parce que "la magie permet de tout soigner de toute façon" ? Il secoue la tête, absolument atteré. De nouveau, les cheveux auburn fouettent sa peau. — Un coup de baguette magique. Ben voyons ! Et s'il y a hémorragie interne ? C'est bien beau le Poussos, mais ça ne va pas empêcher un sorcier de mourir s'il saigne de l'intérieur ou si la côte cassée a perforé le poumon ! Et comment est-ce qu'ils peuvent supporter d'avoir des brûlures au ventre sans savoir que c'est précisément là où se trouve leur estomac et faire le lien avec la nourriture consommée ? Certes, une potion suffit, mais dès le lendemain la douleur recommence s'ils mangent de nouveau ce qui les a rendus malades ! C'est à se demander comment les sorciers ont survécu jusqu'ici ! Est-ce que la magie guérit les plaies intérieures ? Est-ce que la mortalité des Sangs-Purs est plus importante que celle des Nés-Moldus ou des Sang-Mêlés qui eux, ont certainement connaissance d'à quel point c'est primordial ? Et soudain, il sait ce qui cause l'étau de compression. Lemony est très agité. Très passionné et assez irrité, mais il est surtout extrêmement agité. Son corps ne tient ni le décorum, ni la tenue des Sang-Purs. Il ne tient même pas la déontologie d'un élève en salle de classe. Ses chevilles s'agitent, il réalise qu'il se balance et ses poignets se meuvent. Et il est si frustré qu'il autorise son corps à le faire. Sans subir aucune conséquence. Sans que sur ses mollets attachés aux pieds de la chaise, les cordes ne se resserrent jusqu'à couper le sang. Sans que sur ses bras, les cordes ne forment de brûlure indienne plus il s'agite. Lemony bouge, avec une légère rébellion, et ce n'est suivi d'aucune douleur. Rien. Les liens ont disparu. Ca ne resserre pas, ça ne l'avertit pas de quand il va trop loin. Le garçon entrouvre les lèvres, coi. Il n'aurait pas dû pouvoir aller jusque là physiquement. D'ordinaire, il est systématiquement restreint lors des débats en cours, et en dehors... si conditionné qu'il demeure figé. Ses yeux passent de droite à gauche comme un animal traqué. Il est libre. Sauf qu'il a surtout l'impression d'être jeté en avant sans parachute. Comment va-t-il savoir où s'arrêter ? Quelle ceinture de sécurité le retiendra dans ses mouvements anormaux ? — Je– Sa bouche pleine de salive, qui s'ouvre, se referme. Ses mains qui s'ouvrent, se referment. Masque, Lemony, souffle la petite voix de Quartz dans son esprit. Parfois, nous ne survivons que grâce à nos masques. Masque jusqu'à pouvoir courir dehors le plus loin possible. Alors, avec lassitude, le masque des Galas retombe sur son visage et son attitude suit. Il observe son interlocutrice et là où il pouvait aisément pardonner un manque de connaissance... — Bien, tu sais ce que sont les menstruations. Peux-tu m'assurer que toutes les jeunes filles de ce château sont dans le même cas ? Parce que... si les Parlambre sont l'exception et vous, l'expression commune des modérés... Cela signifie que régulièrement, une jeune fille se réveille avec des douleurs et du sang partout, sortant d'un endroit qu'elle sait sensible, voir vital... que ressent-elle, et à qui peut-elle en parler ? Donc d'accord, toi tu sais, alors ce n'est pas grave ; les autres doivent forcément être informées aussi ! Ses prunelles s'étrécissent, presque félines. — Imagine te réveiller ainsi sans avoir la moindre idée de ce qui se passe. Peu importe qu'ensuite elles comprennent. D'ailleurs, elles ne comprendront pas plus que tu ne comprends la digestion, elles l'intègreront à leur vie, sans savoir... ah ! Pense au traumatisme de réaliser violemment quelque chose sur ton corps, qui te suivra toute ta vie. Pense à la douleur physique qui accompagne et à laquelle personne ne t'a préparée ! Sa voix monte dans les aigüs. Il est furieux : c'est anormal d'être aussi furieux pour une simple histoire de menstruations. Lemony se revoit à dix ans, derrière une porte, en compagnie d'Aurum. Il revoit la violence de cette scène. La réalisation. Inverti. C'est ça, les regards que me lancent les adultes. Tous ces regards. Il se souvient exactement de chaque regard, de chacune de leur signification. Il se souvient de la douleur qui voulait le plier en deux mais qu'il a enduré en réalisant vraiment ce qu'il était. Et il se souvient de la solitude, plus tard, dans sa chambre sans lueur de bougie. Je suis anormal. Je suis en danger. Je vais devoir épouser une femme plus tard. Tous savaient, mais personne n'a pris la peine de me parler de ma propre existence. Personne ne m'a préparé, ne m'a averti, pour que lorsque je comprenne, j'ai moins mal. Les larmes roulent sur ses joues à présent. Est-ce que c'est normal, pour un garçon, de pleurer parce que quelque part, une fille commence ses menstruations et l'absence d'information la laisse aussi terrorisée que lui ce soir-là ? — Penser... soupire-t-il, las. Ce qui t'intéresse, c'est la théorie de la magie et je puis le concevoir. Je suis également fasciné par cet aspect. Je veux tout connaître de ce qui cause les Dons, la lycanthropie, ou les Nés-Moldus. Mais pas uniquement. Je veux savoir quels sont exactement les pouvoir des autres êtres magiques qui existent, quelles sont leurs cultures. Le menton haut, ses cheveux blonds noués, la fierté irradiant d'elle et une posture droite, mettant presque Lemony au défi. Il incline la tête en guise d'acceptation et de respect. Il n'existe rien au monde qui rende cet objectif nauséabond : c'est une ambition saine et atteignable. — J'admire que tu aies une aussi bonne connaissance de que tu désire, Gwendloyn Jenkins. Il manque de rajouter que le travail de terrain est indispensable si elle veut se démarquer, mais se ravise. Le garçon songe à sa propre voie, celle qu'il peut paver comme il le désire. Prendre les briques tendues par les Parlambre, une par une, et devenir le parfait Héritier ? Ou s'écarter et se trouver ? Prendre une seconde route. The road not taken... Le titre du poème passe dans son esprit un bref instant.*** –Moi je n’en ai jamais rencontré. Enfin, pas que je sache disons. Est-ce que les enfants que tu as connus ont… expérimenté ce genre de tortures ?Le bruit répété, même terminé continue de lui marteler les tempes et vriller les nerfs. Sa réponse est un cri aigü : — Certainement pas ! Par les brumes d'Avalons, qui crois-tu que nous, Parlambre, fréquentions ? Il n'ose plus toucher l'épais manuel à présent, avec ses illustrations à l'encre noire pour expliquer étapes par étapes comment obtenir une réaction magique de son enfant. Dans le silence, il y a aussi sa mortification. Aiguë, qui a blessé ses propres oreilles, trop haute, trop perchée. Une voix dont il ignorait l'existence. Une voix qui provient du mélange d'épuisement, de masque, d'émotion, de ton monocorde dont il avait oublié l'existence. Lemony inspire profondément, mais ça ne suffit plus. Son corps s'agite plus encore. Sans s'en rendre compte, le balancement est passé de droite à gauche, il est plus rapide que le pendule d'une horloge avec ses allers-retours trois fois par secondes. Ses mains qui tentent de rester en place et son agacement parce qu'il veut parler du sujet, mais qu'il se sent insulté mais que ça ne doit pas rentrer en ligne de compte parce qu'il veut parler des Cracmols c'est le plus important Gwendolyn est intéressée et il l'aime bien et il a besoin de cette conversation il n'en a pas eu d'aussi intéressante depuis des mois, ni d'aussi profonde et il veut continuer à tout prix alors il continue le balancement de pendule à en donner le mal de mer aux autres tout en plaquant ses mains sur la table de bois vernis, le plus loin possible du livre de torture. (Parce que c'est ça, objectivement) — L'une des famille Cracmols que nous fréquentons, mes al- amis sont des Cracmols de deuxième génération. Leurs parents sont eux-mêmes Cracmols, il existait une chance ou– un risque que leurs enfants soient magique, ce qui n'a pas été le cas. Ils sont considérés comme Cracmols, mais jamais leur parents n'auraient tenté ce genre de barbarie ! Ils se fichaient bien du statut magique des enfants qu'ils auraient. Ils sont simplement soulagés que les deux aient le même, et soulagés je crois de ne pas avoir à retourner dans le monde sorcier qui les a tant rejeté, car aucune place n'est faite aujourd'hui pour les Cracmols. L'absence complète de lien avec le Ministère Moldu empêche la scolarisation précoce de ces enfants car ils ne possèdent aucune identité. Pour parvenir à rejoindre le monde moldu, ils doivent trouver des pairs. Parfois seuls car leurs famille les a jetés à la rue. << Et parmi les membres de ce réseau se trouve la deuxième famille de Cracmol que je fréquente personnellement. J'ai appris beaucoup de leur part ; ils tentent de repérer les enfants magiques étant soudainement... retirés de la civilisation. Ma mère s'est prise d'intérêt pour ce réseau ; elle fait partie du bureau et là se mettent en place les rouages artistocratique puisqu'elle est à la fois leur mécène, leur protectrice, et celle qui s'assure de leur statut dans les Galas. Celle qui, si une famille vient à leur manquer de respect, utilise son influence pour créer une ostracisation. Ou bien se sert de ses mots, ainsi que le font les Parlambre. << Ces livres sont les principaux trouvables sur le marché, y compris à la bibliothèque. Les étudier me permet de comprendre ce qu'ont vécu les Cracmols et l'étendue de la pression familiale, de la honte ressentie. Que des parents soient prêts à aller jusque là. Morgane, jamais les Parlambre ne s'associeraient à eux. >> Vraiment ? susurre une voix dans sa tête. Une voix qui fait se hérisser chaque muscle de chaque poil de duvet qu'il possède sur toute la surface du dos. Le Premier Précepteur. Lemony serre les poings sur la table pour s'empêcher de gratter ses avant-bras avec frénésie. Les Cracmols n'ont rien de dangereux, ni de pervers... Et toi? réplique la voix de son cousin. Être ligoté ainsi, le méritais-tu ? Tu sais que non, Lemony. Il va falloir que tu poses la question. Il faut que tu saches si oui ou non, tes parents ont demandé à ton Précepteur de te ligoter à ta chaise durant six ans, parfois toute la journée, pour apprendre à tes poignets à ne plus se casser, à ton corps à adopter le bon comportement, à tes pieds à ne plus s'agité. Parce que non seulement ça n'a pas marché, Lemony... Mais tu sais parfaitement que dans ce livre, cette narration de ton éducation aurait sa place. Il y a trop de voix dans sa tête. Il fatigue. Mais il ignore les signaux. Il veut continuer cette conversation passionnante sur les Cracmols, sur les interactions entre sorciers et moldus, sur l'aristocratie. Il veut se lier à Gwendolyn. Le garçon se balance toujours, quoi que plus doucement, d'avant en arrière de nouveau. Il sourit, d'un sourire doux et encourageant. Parmi les voix dans sa tête qui hurlent à quel point il ne vaut rien, celle qui se demande quand Gwendolyn fuira comme les autres est la plus forte. |
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![]() ![]() 2e année
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 15/11/2025 à 22:43:42
* Gwendolyn fit claquer sa langue, énervée. Le garçon en face d'elle continuait de lui tenir tête et ce, avec des arguments... pertinents. Elle n'aurait jamais imaginé pouvoir avoir des conversations de la sorte avec des enfants de son âge.
Il lui faisait voir qu'elle était privilégiée. Que son système de valeurs rencontrait quelques failles. Cela était trop difficile à admettre pour le moment et tout ce que la jeune fille savait, c'est que son interlocuteur avait la facheuse tendance à mettre le doigt sur tous les points sensibles de son argumentaire. Elle était frustrée, énervée. Mais bougrement stimulée. Et cette sensation l'enthousiasmait plus que tout. * - J'ai peut-être été privilégiée mais je ne peux qu'en vouloir à celles et ceux qui gachent cette éducation en ne se rendant pas compte de sa valeur. Et pour en revenir à ces prétendus devoirs imposés par notre place hiérarchique : C'est précisément cette éducation qui me permet aujourd'hui d'affirmer à quel point je suis ignorante de bien des choses. Je n'ai donc aucun droit de prétendre savoir mieux que les personnes concernées ce qui est bon pour elles. Et toi non plus. * Lemony lui parla alors de l'éducation moldue : encore une chose qu'elle ignore. Les conditions d'apprentissage décrites par le jeune sorcier la mirent en horreur. Déjà qu'il était difficile pour elle de se retrouver dans un collège à vivre avec tous les élèves de son âge du Royaume-Uni, elle n'imaginait pas comment des enfants si jeunes, si vulnérables et ignorants pouvaient subir cette torture quotidiennement. La fillette aurait aimé prétendre qu'elle savait déjà de quoi il en retournait. Pour ne pas passer pour une ignorante auprès de son camarade qu'elle estimait beaucoup. Mais quelque chose la poussait à faire preuve d'honnêteté envers le sorcier. Comme si elle percevait que les masques et les faux-semblants étaient monnaie courante dans la vie du jeune homme et qu'elle se devait de lui prouver qu'il existait autre chose, une autre manière d'interagir. Alors elle se permit une réaction plus sincère : * - Mais quelle horreur ! Je ne sais pas pourquoi tu voudrais subir une telle expérience. Être à ce point entravé quand tu dois encore découvrir tant de choses. On ne peut découvrir qui on est et ce que l'on aime en étant attachés à une chaise sous la contrainte à s'ennuyer ! Moi j'aime étudier, mais c'est parce que je peux poser des questions, parce que je comprends pourquoi je le fais. Je ne pourrais pas être enfermée et laissée ainsi sans savoir que faire ou pourquoi. * L'abandon, voilà bien quelque chose que la fillette connaissait. Et si elle n'avait pas été recueillie par sa grand-mère, elle serait totalement perdue dans ce monde si animé. Cependant elle se croyait plus forte et indépendante, s'étant forgé l'illusion qu'elle n'avait besoin de personne pour mener sa vie. La jeune sorcière était fière de son ancêtre, et que Lemony connaisse son nom l'enorgueillit encore davantage. Sauf que le garçon ne connaissait pas la fin de l'histoire. C'est d'un air pincé - cela lui était encore trop pénible pour en parler normalement - que la fillette répondit à Lemony quand il exprima son intérêt pour rencontrer la femme exceptionnelle qu'était sa grand-mère : * - Malheureusement, cela est un peu tard. Elle est décédée au printemps dernier. Tu as raison, c'était une femme brillante. Attentive à ceux et celles qui l'entouraient même si elle le montrait rarement. Je le sais car elle me l'a déjà dit un jour où je me suis mise en colère contre elle. Je pensais que j'étais un fardeau déposé devant sa porte et qu'elle me gardait auprès d'elle car elle n'avait pas le choix. J'avais été insupportable et alors qu'elle me grondait je lui ai dit des choses horribles. Qu'elle n'avait qu'à me renvoyer si je lui causais tant de problèmes. C'est là qu'elle m'a avoué ne pas être douée pour exprimer ce qu'elle ressentait. Mais que pour rien au monde, elle n'aurait voulu que notre vie au manoir soit toute autre. * Une seule larme roula le long de la joue encore ronde de l'enfant. Une seule, qu'elle écrasa de sa main avant de reprendre son regard d'acier et de le planter dans celui du jeune homme. * - Alors, oui, elle devait avoir une bonne raison de déprécier le système social moldu. J'aurais juste aimé avoir plus de temps pour lui en demander la raison. ****
* Gwendolyn ne put qu'être impressionnée par les connaissances de Lemony concernant la biologie. Elle n'avait jamais eu d'attrait pour la matérialité de l'être. Se salir les mains, sentir la sueur ou le goût du sang. Tout cela lui paraissait rebutant, sans intérêt. Pourtant, elle avait découvert depuis peu une attirance pour les cours de Miss Crowley. La médicomage lui avait enseigné les Premiers Soins Sorciers et l'enfant avait, contre toute attente, eu l'impression de trouver une chose belle et précieuse. Aussi, elle mourrait d'envie de lui demander davantage d'informations sur sa formation, ses compétences. Mais elle pensa que ce n'était pas le moment. Peut-être plus tard, quand la confiance se serait installée et qu'elle pourrait admettre cette part d'elle-même qui ne lui rappelait que trop ses parents. Lemony quant à lui, semblait tenir ses parents en haute estime. C'est pourquoi il s'emporta quand Gwendolyn lui demanda s'il connaissait des Cracmols dont les dons avaient pu être testés de manière trop brusque. Elle ne s'attendait pas à une réaction aussi échauffée et fut prise au dépourvu. Elle ne voulu pas chercher plus loin, de peur de toucher un point trop sensible et le voir faire marche arrière alors qu'elle avait passé tant de temps à le faire se sentir plus à l'aise en sa présence. * - Je te prie de bien vouloir m'excuser, je n'insinuiais pas que ta famille avait pu se lier avec des personnes aussi détestables. Je suis simplement curieuse de connaitre l'étendue de tes connaissances et motivations pour le sujet. J'espère ne pas t'avoir offensé. ****
* C'est à ce moment que le jeune sorcier reprit cette étrange attitude, comme s'il était perdu dans son propre esprit. Et que son corps, quitté par sa conscience un instant, reprenait le dessus. Et alors la danse commençait. Il se mouvait, d'abord doucement, d'avant en arrière, comme s'il écoutait une mélodie. Ensuite, les doigts se mettaient à bouger, comme habités d'une volonté propre. Ses poignets s'enroulaient et se déroulaient, et si la sorcière avait pu voir sous la table, elle aurait remarqué que ses chevilles suivaient le même rythme. Il se balançait alors avec plus d'amplitude et ses mouvements, toujours gracieux, se faisaient plus saccadés. Même ses épaules se relâchaient, dégageant alors son cou long et fin. Son androgynie lui seyait parfaitement et ses cheveux longs balançaient au rythme de son corps. La petite sorcière n'avait jamais rencontré quelqu'un dont la musicalité rayonnait de la sorte. Elle esquissa un sourire et se pencha pour attirer son attention, le sortant de sa transe. * - Tu es spécial Lemony Parlambre. J'aime ça. Quelle est donc cette puissance qui t'entraine ? Pourquoi sembles-tu te retenir de faire de grandes choses ? Tu dis que tu te passionnes pour les moldus, les Cracmols. Mais tu n'es allé que peu de fois dans leur monde, je me trompe ? Et tu voudrais y retourner... Alors dis-moi, et si nous y allions ? |
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Bienfaiteur du WHP ![]() ![]() 2e année
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 11/12/2025 à 01:05:52 Le claquement de langue crée un intérêt particulier chez Lemony, qui penche la tête sur le côté, les pupilles étrécies pour mieux observer la jeune fille. Agacée, et le lui faisant savoir. Il n'a donc aucune énergie à déployer pour détecter ses émotions. L'indicatif est également hors de l'outrage, ce qui signifie qu'il peut continuer à dialoguer sans redouter d'offenser une famille. Il est quelque chose de reposant dans le comportement de Gwendolyn. Et le garçon commence à prêter plus d'attention aux discours de son oncle Onyx. Onyx ne dissimule jamais ses émotions ; quoi qu'il ait appris à parer les coups de ceux qui voudraient en profiter. Il qualifie les masques de lâches et d'entrave à une société aristocratique saine. Jade n'a jamais estimé que l'utilisation des masques était lâche. — Ils sont à la fois tes armes et ton bouclier, mon enfant. L'image vivace de son bras prolongé d'une épée juste sur le coup de son interlocutrice s'immisce dans son esprit. Elle est relativement désarmée. Ce sont des choses auxquelles il devra réfléchir, plus tard. La jeune Jenkins est robuste et maîtrise les codes. Mais si confrontation il y a, elle est amicale ; féroce certes, apprécie des deux côtés et sans volonté de nuire. Le masque lisse n'est qu'un bouclier, mais il n'est pas très juste. Et en l'occurrence, il clignote comme une guirlande de Noël sur le visage pâle de Lemony, que la conversation passionne bien trop. Il écoute chacune de ses paroles. Depuis combien de temps n'a-t-il pas été ainsi stimulé ? Les Galas. Avec des adultes en interlocuteurs, mais chacun d'entre eux désirant lui soutirer une information, gagner quelque chose, ou voir s'il présentait un quelconque intérêt pour la génération à venir. Dans ce recoin de bibliothèque, les choses sont différentes. Parce que Lemony n'est pas seulement en sécurité. Il fait face à une égale qui veut simplement débattre, créant une tempête d'idées qui se heurtent et font réfléchir. L'aspect chercheuse apparaît. — Tu as la curiosité et l'insatiabilité nécessaire pour être une chercheuse efficace, admire le garçon. Je pensais que tu utiliserais uniquement des livres comme sources... mais tu discutes. C'est un excellent attribut. Prend juste garde... à ne pas discuter qu'avec des humains. Révolutionner le monde de la recherche ne se fera pas sans une connexion aux créatures. Son visage s'est assombri. Il n'ira pas plus loin ; l'on entre ici dans l'un des secrets de la famille Parlambre, concernant leur position quant aux créatures magiques. Est-ce pour cette raison que la colère fait de nouveau flamber estomac, coeur et gorge lorsqu'il se souvient qu'ils discutent éducation et que son intervention inopportune doit rester une parenthèse ? — Ah ! Et qui es-tu pour décide de la valeur qu'a l'éducation des Sangs-Purs ? Les Précepteurs ont tous un programme et un avis bien différent. Tu en veux à ceux qui décident de s'en éloigner ? Relis ton histoire, Gwendolyn Jenkins, parce que je suis presque sûr que Draco Malefoy a eu des précepteurs particulièrement puristes, faisant de lui un Mangemort... et qu'il a renié la valeur de cette éducation, s'émancipant d'un point de vue toxique. Ce que l'on m'enseigne, comment peux-tu être sûr de sa valeur ? Certes, il est connu que les Parlambre sont traditionnalistes mais si en réalité... l'on m'enseignait– Lemony ne trouve soudain plus ses mots. Que ma naissance me rend supérieur sans que je n'aie à faire aucun effort ? Mais... c'est le cas. Et je suis certain que ce programme là a été approuvé par mes parents. Blême, le garçon fait tournoyer sa plume, dans l'exact même rythme, sur l'exacte même chorégraphie. Il se concentre sur ces mouvements précis pour faire taire les voix à l'intérieur de son esprit, et le balancement continue. Tic, tac. Tout doux, apaisant... Quoi que pas assez. L'envie de hurler de frustration le submerge avec une telle violence qu'il en laisse tomber sa plume ; sous l'impulsivité, il balance son encrier contre les étagères. Et puis il regarde la jeune fille en face de lui, ses mains tâchées de noir, absolument stupéfait, et l'envie de hurler toujours logée au creux de son être. — Je suis navré. Je– Je maîtrise mieux ma colère d'ordinaire... or j'ignore d'où elle et venue, et je te prie de me croire lorsque je t'assure que tu n'en est pas responsable. L'encrier a coûté particulièrement cher, car il s'agit d'un modèle pour enfant enchanté de divers mesures de protection. Incassable (parce qu'Ostara aime jouer avec), et d'où l'encre ne peut pas sortir si elle n'est sur une plume (parce qu'il fait ses devoirs sur son lit et que le dortoir peut-être agité). Les livres n'ont rien. Et la violence avec laquelle Lemony a balancé l'objet, associé à la distance... Aucun ouvrage n'est endommagé ; le choc les a à peine fait reculer. — Ai-je tant perdu en force ? murmure-t-il, effleurant son uniforme et les biceps dessous. Il ne pose presque plus les pieds dans la Grande Salle, certes, mais la faim ne se faisant pas ressentir, il n'a pas réalisé que son corps avait peut-être besoin, de ces protéines, glucides et lipides. ***
Il lui est difficile de reprendre contenance. Il s'est laissé de la liberté, mais elle n'a pas été suffisante ; la frustration qui l'a submergée était teintée de terreur. En se rasseyant, Lemony observe attentivement le visage de Gwen Jenkins, y cherchant sa réaction. Par souci de justice, il ne remet pas le masque impassible. Il y a juste deux enfants. Le coeur du garçon bat à toute allure. Ses yeux sont un peu trop écarquillés. Ses lèvres sont entrouvertes et posent une question muette. Sur son visage, la contrition, l'incrédulité, mais aussi la faim pour plus de mots encore, l'envie de continuer cette conversation jusqu'à ce qu'aucun d'entre eux n'ait plus d'énergie, et, dans les iris, une excitation et une admiration absolument pas dissimulées. Entendre les pensées de la jeune Lady sur le système moldu le surprend, et il ne le masque toujours pas. — Je n'ai pas eu une telle réaction de rejet lorsque j'ai appris comment ils fonctionnaient. C'était... en partie parce que mon interlocutrice semblait considérer les deux systèmes comme valables. Elle était née-moldue, mais ouverte et... je crois que ça a aiguillé mon apprentissage. Si je jugeais leur culture comme inférieure, si je jugeait que ne pas avoir eu de Précepteurs privés la rendait misérable et à plaindre, qu'étais-je donc ? Condescendant, insultant, et absolument pas engageant. Quelle image des sorciers allait-je lui donner, en ces premières heures dans ce monde ? Le garçon s'interrompt, perdu dans ses souvenirs. Tatianna avait été irritable, sur la défensive, mais face à l'arrogance de Lemony, qui s'attendait à une déférence certaine, comment l'en blâmer ? Ambrosia, plus mature, l'avait juste aiguillé. — Je me souviens clairement qu'elle a tenté de ne pas juger ce qu'avait été ma vie... mais le fait de ne fréquenter aucun autre enfant au quotidien était choquant pour elle. Je crois qu'il s'agit de l'une des forces des Nés-Moldus, à Poudlard. Ils ignorent tout du Monde Magique, certes, mais ils savent se mêler à la foule, ils sont habitués à des classes avec une vingtaine d'élèves, à être bousculés sans cesse, au bruit, à la socialisation. Nous avons beau connaître la culture... Morgane, que savons-nous véritablement du fonctionnement d'un groupe ? Ils sont capables de se mettre en binôme, de faire des exposés en équipe. Moi ? Ce fut une catastrophe. Seules mes idées valaient le coup, et je refusais tout autre chose. Je considérais qu'une oppotision était un jugement de ma valeur, de mon éducation complète. Sans un né-moldu pour faire les compromis... N'as-tu pas eu de mal, après une enfance si solitaire ? Ne t'es-tu pas sentie blessée dans ton ego, et dans l'honneur de ta famille, lorsqu'on remettait en cause tes compétences scolaires, découlant directement de leur éducation ? Si Lemony n'avait eu que Gwendolyn comme interlocutrice, il aurait pu considérer que ses difficultés étaient passagères. Mais il a Thylas, qui s'est parfaitement intégrée, qui a su se glisser dans les codes. Il a vu les autres Sang-Purs de Serdaigle. Lui-même a appris à supporter les bavardages et à cesser de considérer ses camarades de classe comme irrespectueux, notamment lorsqu'il a compris qu'un cours ennuyeux passait plus vite ensemble. — Certes, ils n'ont pas le choix du programme ni des éducateurs. Mais au contraire, Gwendolyn. Nous sommes ceux attachés à nos chaises. De ce que je sais, ils apprennent à la fois en écoutant leur... enseignant... et à la fois en jouant plusieurs heures par jours, entre eux. Que faisais-tu durant tes pauses ? A cause de la fatigue, Lemony ne réalise pas tout de suite ce qu'il vient de dire. Ce n'est que lorsqu'il laisse méditer la jeune fille que son propre discours lui revient aux oreilles. Il devient livide, et son ventre se retourne. L'espace d'un instant, il résiste à plaquer le dos de sa main contre sa bouche, tenaillé par une violente nausée. — Déesses... ils ne sont pas attachés ! Qui crois-tu que soient les Moldus, des êtres incivilisés et barbares ? Il n'a jamais vu aucune cicatrice semblable aux siennes sur la peau de quiconque. En ce printemps, les manches se font plus courtes, et l'enfant a surveillé les avant-bras, obnubilé par le besoin de comprendre, de savoir. Un cas isolé, ou une torture habituelle pour les enfants de Sang-Pur ? Il est le seul à avoir ces cicatrices, que personne ne peut d'ailleurs voir car il est toujours en manches longues. Et lors des journées les plus chaudes, il s'interroge sur les autres élèves portant toujours leur uniforme d'hiver. Qu'ont-ils sur la peau, eux ? — Je n'en sais pas assez pour t'en dire plus sur leur système, mais les adultes moldus sont semblables aux nôtres. Ils ne laisseront pas vingt enfants dans une salle sans directive ! Je veux essayer, parce que je veux savoir et que je pense que la seule manière de véritablement comprendre quelque chose est de le vivre. ***
L'annonce de la mort de la grand-mère de Gwendolyn Jenkins lui donne un coup au coeur. Déjà fragilisé par la conversation précédente, Lemony laisse le bouclier s'installer. Visage de marbre. D'autant plus que quelque chose lui indique que son interlocutrice est toujours en deuil. Le garçon est bien incapable de dire quoi. Il le ressent. "I'm sorry for your loss" est l'expression anglaise. Moins pire que "Je te présente mes condoléances", dont une personne endeuillée n'a absolument que faire, les mots ont été trop souvent utilisés pour avoir encore de la signification. Le decorum voudrait qu'il les prononce, ces mots, mais il ne peut pas. Qu'est-ce que ça peut lui faire, à cette jeune fille triste que Lemony soit désolé, d'autant plus qu'il n'a jamais rien partagé avec sa grand-mère ? Qu'est-ce que ça va apaiser, ces mots ? Ils parlent ensemble depuis au moins une heure, elle doit se douter qu'il a suffisamment d'empathie pour savoir qu'elle souffre. Pas assez proche pour partager sa peine, et sans aucune idée de quoi dire. Le souci, c'est aussi que lorsque Lemony pleure, il ignore les larmes et prie pour que les fassent de même. Donc il applique cette logique avec Gwendonlyn. Il prétend ne pas sentir sa tristesse, ne pas assister à cet instant de faiblesse où son chagrin est trop fort pour être contenu. Lemony a douze ans, absolument aucun code social, et fasse à la beauté du souvenir qui lui est partagé, il dit juste : — Merci. Pour lui, c'est juste évident. Merci pour ta confiance, pour ton partage. Il n'a aucune idée, Lemony, qu'il risque de paraître insensible et désintéressé de la peine de Gwendolyn. Surtout que le sujet se déplace, que la jeune Lady Parlambre s'excuse, et que le garçon est en pleine panique parce que, justement, il n'est pas attaché sur une chaise, il n'a aucune limitation physique sur son corps et donc celui-ci peut faire absolument n'importe quoi. Il empoigne les rebords de la table à s'en faire blanchir les jointures pour, surtout, ne pas user de ce mouvement effeminé qui balaie gentiment les excuses. — Les Parlambre sont exclus de certains cercles, et un mystère à percer pour d'autres. Notre position de traditionnaliste peut valoir ces interrogations. J'ai réagi... émotionnellement, ce n'était absolument pas digne d'un Héritier. Le tête commence à lui tourner. Il ne sait plus exactement où il en est. ***
Une conversation plus profonde qu'il n'en a jamais eu, une interlocutrice qui lui demande énormément d'efforts intellectuels et de bien organiser ses arguments. Une personne qui l'écoute. "Elle partira. Je suis seul, je ne suis parvenu à nouer aucun lien. Par Avalon, j'ai repoussé et blessé Thylas, et j'ignore si notre relation redeviendra un jour sereine. Chaque interaction que j'ai eue a été dure, ou unique. Ma vie dans le dortoir est un enfer ; ceux qui m'ont tenu une main ont abandonné sans m'expliquer pourquoi. Mon attitude aristocratique les heurtes ; même à présent que je l'ai compris, je ne parviens pas à créer de liens. Je souhaite... Morgane, je ne souhaite rien que de retourner au Manoir Parlambre, où je maîtrisais les codes. Et pourtant, je ne pourrais jamais y revenir comme avant." Son esprit est de plus en plus bruyant, et sans s'en rendre compte, le doux balancement qui le berce l'endors presque, le plongeant dans une bulle de confort. Il oublie où il se trouve. Il est seul, de nouveau. Avec cette souffrance au creux du ventre, une conscience brutale qu'il a été maltraité, presque torturé, par un adulte, et des questions déplaisantes qui commencent à naître sur ses privilèges. Dans son champ de vision, simplement Gwendolyn, qu'il voudrait retenir de toutes ses forces... "Non. Je souhaite qu'elle reste. Je souhaite qu'elle ne fuie pas, ce qui se passera indéniablement. Trois mois, six mois, j'ai vécu ces douleurs déjà, et ces enfants, je ne les voyais pas tous les jours. << Le dégoût, sur le visage du dernier, lorsqu'il a compris. Les insultes. Des mots dont je n'avais pas même connaissance." Gwen disparaît presque. Lemony est ailleurs, à se balancer. Ses mains bougent seules, et sans limitations, elles ont une volonté propre dont il ignore l'existence –même encore maintenant, car il se trouve dans un état seconde. Sous la violence, ses deux mains sont à hauteur de son visage, se croisent, se décroisent sans jamais se toucher, hypnotiques. "Les menaces dont j'ai dû user, la violence dont j'ai fait preuve. L'un de mes pire accidents magiques pour littéralement lui faire ravaler ses paroles. Cette boue, ces touffes d'herbes dans sa bouche. Et la douleur. J'ignorais qu'un unique regard pouvait occasionner une telle douleur." Les mots injurieux synonymes d'inverti, ou plutôt de pervers, l'esprit de l'enfant les a effacés. Alors quand la voix de Gwendolyn résonne et le ramène brusquement à la réalité, le choc coupe le souffle de l'enfant. Coupe le balancement. Ses mains retombent mollement sur la table. Pourtant, la souffrance reste, et ses chevilles s'activement aussitôt, tandis que ses doigts s'agitent, cherchent sa plus longue plume. — Tu es spécial Lemony Parlambre. J'aime ça. Quelle est donc cette puissance qui t'entraine ? Pourquoi sembles-tu te retenir de faire de grandes choses ? — Je suis un Héritier, mais je suis un jeune Lord normal, répond-t-il d'une voix complètement monocorde. Le temps que le reste des mots parvienne à son esprit embrumé. — Je pense que– Gwendolyn Jenkins, ce que tu vois de spécial en moi, je le vois chez toi. La façon dont nous discutons, je n'ai jamais rien connu de tel. C'est une chose que je désire garder, si tu le désire également bien entendu. Et je suis sincère lorsque j'affirme que tu es brillante et a le potentiel pour être une chercheuse révolutionnaire. Mais je crains que mon chemin diffère. Il est tracé pour que je demeure garant de –certaines choses que protègent les Parlambre. Mon avenir se situe au Domaine. — Tu dis que tu te passionnes pour les moldus, les Cracmols. Mais tu n'es allé que peu de fois dans leur monde, je me trompe ? Et tu voudrais y retourner... Alors dis-moi, et si nous y allions ? Lemony cille sous la proposition inattendue. Sachant qu'une telle expédition s'organise, la jeune Lady se projette sans doute sur l'été. Elle prévoir d'être encore au moins une alliance cet été. L'enfant se détend, un sourire fleuri sur ses lèvres. Les larmes qui coulent le perturbent mais à ce stade, elles pourraient être intégrée à sa personne. — Je pense que j'y suis allé bien plus de fois que la plupart des sorciers adultes. Mais en effet, ce n'est pas assez. D'une part, je n'ai vu que Londres, or d'autres villages m'intéressent. Sans compter le reste du monde. Ils ont autant de cultures différentes que nous en avons, certaines s'entremêlent ; j'ai pu le voir à Londres. Avoir un aperçu de la culture Coréenne... Pourtant, mon Précepteur m'a dit que cela ne reflétait qu'une seule et unique vision, celle préférée par les occidentaux, que leurs traditions, leur culture, leur politique, était ignoré. Cela m'a rendu... furieux. Les touristes Etats-Uniens venant sur l'île ne voient rien de notre folklore Celtique ; il est pourtant primordial à qui nous sommes ! Sans s'en rendre compte, Lemony a recommencé à battre des mains. D'abord, ses poignets se tournent sur eux-mêmes pour endiguer la frustration. — Gwendolyn, je ne suis ni un Gryffondor, ni un adolescent rebelle. Si je vais dans le monde moldu, j'avertirai ma famille. Elle me donnera un horaire de retour, certes, mais me laissera explorer l'endroit de mon choix. Du moins, s'il présente le projet convenablement. Ses poignets cessent de tourner. Désormais, ses doigts bougent, ses mains battent d'excitation. — Je puis garder ta présence secrète, et bien entendu, en ce qui concerne ta famille, tu choisis les termes. Que voudrais-tu explorer ? Si le cinéma manque au jeune Parlambre, gâcher deux heures d'une sortie surveillée dans une salle de spectacle n'est pas particulièrement attirant. Il est intéressé par plusieurs choses ; les école pour commencer, mais également des musées... les châteaux forts également, la féodalité, la guerre et les célèbres archers anglais ont été une séquence trop courte. Si les sorciers utilisent toujours les épées, Lemony est curieux de voir le côté médiéval moldu. Le fait que le monde sorcier lui ressemble près de dix siècles plus tard le perturbe un peu. Bien évidemment, s'il le pouvait, il se rendrait en France. A l'échelle mondiale, les deux pays sont si proches culturellement qu'il est inutile de les visiter. Pour être moitié français, le garçon sait à quel point ce sont des fadaises. — Quelle est la plus grande question que tu te poses, en ce qui concerne les Moldus ? Il est épuisé. Il ne peut se concentrer que sur sa concentration. Et c'est pour ça que ses mains sont secouées de gauche à droite avec excitation. Personne n'a jamais vu Lemony ainsi. Thylas, peut-être. Aurum, une fois. Mais Gwen est la première à le voir au plus pur naturel et sans la moindre conscience qu'il l'est. |
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 02/01/2026 à 16:25:27 Lemony : Tu as la curiosité et l'insatiabilité nécessaire pour être une chercheuse efficace. Je pensais que tu utiliserais uniquement des livres comme sources... mais tu discutes. C'est un excellent attribut. * Gwendolyn avait l’habitude des compliments. De la part des professeurs et des adultes en général. Sur sa conduite, ses manières, ses connaissances. Mais d’un autre enfant, rarement. Cela la toucha particulièrement qu’elle estimait le jeune Parlambre. Pourtant elle ne s’attendit pas à ce que le garçon lui dit par la suite : * Lemony : Prend juste garde... à ne pas discuter qu'avec des humains. Révolutionner le monde de la recherche ne se fera pas sans une connexion aux créatures. * Les créatures ? Comme les elfes, les centaures et les peuples de l’eau ? Elle n’y avait jamais pensé mais cela lui sembla être un conseil fort avisé. Les formes de magie des autres êtres sont bien différentes et ne sont pas soumises aux mêmes règles. Aussi en croisant leurs connaissances ils pourraient avoir accès à de nouvelles théories et ouvrir leur champ des possibles. Mais comment un enfant de l’âge de Lemony pouvait-il avoir un tel contact avec les autres créatures ? La jeune fille s’apprêtait à lui poser la question quand elle remarqua l’attitude de son camarade : il s’était rembrunit de manière inattendue et ne semblait pas prêt à poursuivre le sujet. Peut-être une autre fois. Elle décida de ne pas le pousser dans ses retranchements, de peur de le voir à nouveau se fermer. * Gwendolyn : Merci, c’est un conseil d’une grande sagesse que tu me confies là. Je vais y réfléchir. * Elle ne voulait surtout pas mettre un terme à leur conversation : le jeune homme était tellement honnête avec elle, c’en était rafraichissant. Mais il lui semblait fébrile, comme une créature sauvage qui pouvait détaler à tout instant si elle faisait un geste brusque ou maladroit. Elle prenait donc toutes les pincettes du monde et étudiait attentivement toutes ses réactions afin de ne pas l’effrayer. Cette résolution partit pourtant rapidement en fumée quand elle lui dit qu’il n’avait aucune légitimité à prétendre savoir ce qui était bon pour les nés-moldus. Manifestement, il se sentit attaqué puisqu’il s’emporta, arguant que ses précepteurs lui avaient donné une éducation traditionnaliste, certes, mais d’une qualité qui lui permettait de s’investir sur le sujet. Note à elle-même : le garçon était sensible au sujet des valeurs de sa famille et de ceux qui l’ont éduqué. Etait-ce parce qu’il y adhérait ? Ou bien parce qu’il était tiraillé ? * Gwendolyn : Tu fais un parallèle avec Draco Malfoy comme d’une personne ayant reçu une éducation traditionnaliste semblable à la tienne et l’ayant mené à la vie de Mange-mort. Est-ce là ce que tu penses de ton éducation ? Tu sembles pourtant loin de cette idéologie, t’identifiant au jeune Héritier s’étant justement émancipé de cette manière de penser. Pourquoi alors défendre une éducation que tu associes, dans ta propre comparaison, aux Mange-morts ? * Elle aurait peut-être mieux fait d’être plus… diplomate. Elle qui pourtant calculait toujours ce qu’elle devait dire ou faire… Quelque chose en ce garçon la poussait à parler sans réfléchir en amont, mais de manière plus instinctive, plus sincère. Toujours est-il que cette remarque, peu subtile et inconsidérée, ébranla fortement le garçon, envoyant valser son encrier contre une étagère de la bibliothèque. Si cette réaction surprend ou choque Gwendolyn, elle n’en laisse rien paraitre. Elle est davantage... préoccupée pour la personne qu’elle oserait appeler son ami. * Lemony : Je– Je maîtrise mieux ma colère d'ordinaire... or j'ignore d'où elle et venue, et je te prie de me croire lorsque je t'assure que tu n'en es pas responsable. Gwendolyn : Ne te flagelle pas, et je ne suis pas totalement étrangère à ta réaction. Ce serait plutôt à moi de m’excuser. Je ne voulais pas insulter ta famille. Mais seulement... comprendre. * La sorcière ramassa l’encrier (qui magiquement, n’avait pas tâché une seule page des ouvrages de la bibliothèque. La petite fille avait déjà imaginé la tête de Madame Pince si cela avait été le cas...) et le tendit à Lemony, en gage de paix. *** L’éducation moldue était un sujet totalement étranger à la sorcière, aussi elle était très curieuse de comprendre ce que son interlocuteur en pensait. Mais certains points qu’il décrivait la laissait dubitative. Il avait dû se sentir si seul dans son enfance pour avoir une telle envie de trouver sa place parmi les autres enfants... * Lemony : N'as-tu pas eu de mal, après une enfance si solitaire ? Ne t'es-tu pas sentie blessée dans ton ego, et dans l'honneur de ta famille, lorsqu'on remettait en cause tes compétences scolaires, découlant directement de leur éducation ? Gwendolyn : Mes connaissances théoriques et pratiques ne sont pas à prouver, * dit-elle sans modestie aucune. Elle se fit plus hésitante ensuite. * Les travaux de groupe sont cependant plus challengeants pour moi je te l’accorde. Mais j’essaie de trouver des personnes qui pourront suivre sans s’interposer. J’avoue qu’une personne pouvant rivaliser me permettrait de progresser. * Elle laissa passer quelques secondes, attendant que le sous-entendu atteigne son interlocuteur. Devant l’absence de réaction du jeune garçon, elle soupira : * Gwendolyn : Je parle de toi ! Enfin, si cela t’intéresse évidemment. Je n’ai pas pour habitude de demander l’aide de quelqu’un, * dit-elle, le nez pincé. * Les autres élèves, quand ils n’ont pas peur de moi, me demandent immédiatement ma coopération dans l’espoir d’obtenir une excellente note. Je ne me vante pas, c’est un fait. * La jeune fille était bien consciente de ce que les autres élèves pensaient d’elle. Inapprochable, brillante, hautaine, froide. Ils l’admiraient autant qu’ils la craignaient. Pourtant, ce n’était pas ce que Lemony renvoyait. * Gwendolyn : Tiens, nous avons un devoir de potions à remettre la semaine prochaine et nous devons nous mettre en binôme. Je comptais accepter la proposition d’une Serpentard mais ce serait bien plus intéressant de travailler avec toi. Tu n’es pas obligé d’accepter. Mais je pense que tu ne serais pas de si mauvaise compagnie comme coéquipier. * Chose inhabituelle, elle ponctua sa phrase d’un sourire, tentative pour dissimuler son manque de confiance dans l’expectative de la réponse de son camarade. *** Il lui demanda à quoi elle occupait ses pauses en dehors de ses cours particuliers. Il fallut un moment à la jeune fille pour trouver une réponse à cette question pourtant simple. * Gwendolyn : À vrai dire, je n’avais pas beaucoup d’autres centres d’intérêt. Je prenais un thé avec mon arrière-arrière grande tante, je lisais des romans classiques moldus, j’allais observer les étoiles. Je ne m’ennuyais jamais. * À ces mots, elle eut un pincement au cœur, se remémorant ce qu’elle avait vécu avant son arrivée au manoir. La solitude, l’ennui, la dépression. Ce n’est pas un mot simple à poser sur une enfant de 5 ans. Pourtant on n’aurait pu trouver d’autre terme pour décrire ce qu’elle avait pu vivre à cause de la négligence de ses parents. Il était loin le temps où elle désirait encore leur attention. Leur amour. Enfin, ça c’est ce dont elle s’était persuadée. Évidemment qu’une enfant de 11 ans cherchait encore l’approbation de ses parents. Gwendolyn rit à gorge déployée devant la tête que fit Lemony quand il crut que la sorcière pensait que les moldus étaient réellement attachés à des chaises toute la journée. C’était un rire léger, enfantin. Elle reprit son souffle avant de poursuivre : * Gwendolyn : Non je ne pense pas réellement qu’ils sont attachés. Mais ils n’ont pas choisi d’être là. Et de ce que tu me dis, ils n’ont pas le droit de se déplacer sans autorisation. Ce sont donc des liens mentaux. Evidemment il faut tout de même une certaine rigueur et il faut en effet apprendre à avoir la bonne posture. Je pense que le corps doit être en adéquation avec l’esprit. Pour faire de la recherche, il faut être organisé, rigoureux. Mais il faut aussi avoir la liberté d’avancer, de chercher des voies inexplorées. Alors, s’il est important d’apprendre à bien se tenir quand il le faut, on ne peut entraver les mouvements naturels du corps. C’est cet état qui nous permet de grandes découvertes. * Sans le savoir, la fillette appuyait pile sur quoi Lemony se questionnait. *** La sorcière ne s’attendait pas à réagir de la sorte en évoquant la mort de sa grand-mère. Etre aussi démonstrative de sa douleur, ça ne lui ressemblait pas. Jocelyn avait été la personne la plus importante de sa vie mais d’habitude, elle gérait mieux ses émotions, se cachant derrière un masque de froideur. C’était l’effet que Lemony avait sur elle. Alors, quand il réagit à la nouvelle par un simple « merci », pur et humble, elle fut d’autant plus touchée. La réponse n’était pas celle attendue, pas celle « appropriée ». Mais elle était la marque d’une grande sensibilité. Une sensibilité dont personne n’avait jamais fait preuve à son égard. Même si son regard était froid, même s’il n'avait pas semblé bouger d’un pouce, il était plus sincère que tous ces nobles qui lui avaient présenté leurs condoléances lors de la cérémonie. C’est donc pour cela qu’elle tendit la main vers le garçon et lui serra la sienne quelques secondes avant de la laisser reposer. Elle ne savait pas comment il allait réagir à ce simple geste, à ce contact physique. Mais elle avait senti que l’instant y invitait. *** Le moment était passé, et la conversation avait repris. Une fois de plus, ils s’étaient échauffés, comme s’ils ne pouvaient s’empêcher de toujours chercher plus loin, de se stimuler continuellement. Etait-ce à cela que leur relation allait ressembler par la suite ? Une sorte de rivalité, une suite perpétuelle de confrontations d’opinions, reposant sur une estime, un profond respect mutuel et, pourquoi pas, le début d’une tendresse infinie ? Gwendolyn ne savait pas encore quoi en penser, il lui faudrait attendre la suite des événements pour le découvrir. * Lemony : Les Parlambre sont exclus de certains cercles, et un mystère à percer pour d'autres. Notre position de traditionnaliste peut valoir ces interrogations. J'ai réagi... émotionnellement, ce n'était absolument pas digne d'un Héritier. Gwendolyn : Ce n’est pas digne d’un Héritier ? Je n’ai que faire que tu sois un Héritier. Je suis au contraire enchantée de ton honnêteté. * La jeune fille ne sait pas pourquoi cette conversation met l’enfant dans un état de conscience si particulier. Il se balance d’avant en arrière, selon un rythme qui lui appartient. La fillette ne sait pas si elle doit interrompre le cours de ses pensées ou le laisser se réguler tout seul. Elle apprendra. Avant qu’elle ait pu décider de la marche à adopter, il semble reprendre conscience, comme sorti d’un rêve. Il semble touché par les mots de la jeune fille, bien qu’il ne puisse encore les accepter tout à fait. « Tu es spécial Lemony Parlambre. ». Elle le pense réellement. Et la manière dont il lui parle par la suite montre à quel point le sentiment est partagé. Pourtant, il semble encore peu sûr de lui quand il lui propose de garder le lien qu’ils commencent à construire. * Gwendolyn : Je t’ai demandé d’être mon partenaire de travail mais je n’ai pas été suffisamment claire, je m’en excuse : c’est toi qui m’intéresses. Je n’ai jamais entretenu ce type de relation mais je te le demande : puis-je t’appeler mon « ami » ? * Elle est directe, froide mais sincère. La jeune fille a toujours su ce qu’elle voulait et ce moment ne faisait pas exception. En entrant dans la bibliothèque, elle avait voulu vérifier son intuition et maintenant elle était sûre de sa question. *** Gwendolyn ne sait pourquoi, mais des larmes coulent chez le garçon à la mention de la sortie cet été. Elle ne sait l’interpréter. Est-ce une si mauvaise idée ? Pourtant il semble plutôt enclin à préparer cette sortie, pensant déjà à l’aspect matériel. Elle ne veut pas être un fardeau mais elle est bien décidée à découvrir le monde d’elle-même. Il lui servirait de guide dans cette quête. * Gwendolyn : Nul besoin de me cacher, après tout, je suis une relation acceptable et d'une famille noble, n’est-ce pas ? * Dit-elle avec un petit sourire hautain mais entendu. Elle se rembrunit ensuite. * Pour ma part, je n’ai pas besoin de l’accord de mes parents. Ils n’ont aucune envie de me voir trainer dans leurs pattes et le sentiment est réciproque. Je leur enverrai un hibou sur place. * Elle avait sorti cette réplique d’un ton froid, se voulant détaché. Le garçon allait-il laisser passer le sujet ? Que veut-elle visiter dans le monde moldu ? Voilà une question qui demande réflexion. Pourtant, il ne lui faut que quelques secondes pour répondre : * Gwendolyn : Une grande ville. Pleine de monde et d’activités. J’ai été enfermée trop longtemps. * Elle s’étonne elle-même de cette réflexion. Pourtant elle est très vraie. Elle n’a jamais voulu partir du manoir, ayant enfin trouvé un chez-elle. Et les voyages lui rappelant trop tout ce que représentent ses parents. Mais elle n’avait plus sa grand-mère pour prendre soin d’elle. Elle était à nouveau seule. Et il fallait qu’elle trouve un moyen de s’adapter à sa nouvelle situation. Il était temps de changer. * Gwendolyn : Si nous partons cet été, il n’y aura pas d’école s’ils fonctionnent sur le même modèle que nous. Mais nous pourrions aller dans les musées, puis à leur rencontre dans des cafés. J’ai entendu dire qu’ils préparaient une boisson au chocolat avec une crème très sucrée sur le dessus. * Son regard se perdit quelques instants, comme transporté dans un rêve de chantilly... avant de se rendre compte que sa réaction était terriblement enfantine. Elle rougit (ce qui se voyait tout de suite sur sa peau de porcelaine) et enchaine : * Enfin… je veux dire… il pourrait être intéressant d’observer leurs modes et interactions dans des cadres très codifiés. Lemony : Quelle est la plus grande question que tu te poses sur les moldus ? Gwendolyn : Je me demande tout simplement comment ils font pour vivre sans magie. Pas techniquement, mais psychologiquement. Qu’est-ce qui leur donne le goût de vivre ? Qu’est-ce qui les fait rêver ? Je veux voir comment ils font pour être heureux sans sentir ce frémissement tout autour d’eux, sans la beauté de la magie et la liberté permise par le pouvoir. * Le sujet passionne son camarade. C’est évident. A sa manière de parler, de bouger. Ses mains ne s’arrêtent plus, ses poignets dansent et c’est tout son corps qui s’agite selon sa musique intérieure. Le voilà enfin, l’enfant du couloir qui dansait si librement, si étrangement. Celui qu’elle avait eu envie de connaitre dès qu’elle l’avait rencontré. * |
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Bienfaiteur du WHP ![]() ![]() 2e année
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Titre : Re : Témoins d'une danse
Créé : 03/04/2026 à 01:50:06 Je suis absolument navré pour le délai de réponse. (Sachant que ceci est la version, er, avec des coupes dans les monologues)
— Merci, c’est un conseil d’une grande sagesse que tu me confies là. Je vais y réfléchir. Lemony cille à plusieurs reprises. Lorsqu'il a été réparti à Serdaigle, le Choixpeau n'a pas exactement évoqué sa sagesse. Ou pas en ces termes. Parce qu'il ne l'aurait pas cru, réalise l'enfant. Peu importe que l'artefact soit millénaire, Lemony n'est pas assez imbu de lui-même pour penser, à douze ans, posséder la moindre sagesse digne de ce nom. De grandes connaissances dûes à un apprentissage intensif, une curiosité pour les sciences et les autres cultures ainsi qu'une excellente éducation, oui. Une vision du monde juste et éthique parce qu'il s'agit de la nature des Parlambre, oui. Mais il ne se serait jamais qualifié de sage, autre que dans la signification française : poli et bien éduqué, qui ne bouge pas en classe et se tient parfaitement en public. Ce creux que je ressens lorsque je songe à mes actes n'a peut-être pas été créé par Poudlard. Mon estime de moi-même n'a jamais été aussi basse... mais était-elle aussi haute que l'on m'a laissé le croire ? Margaret, et d'autres Serdaigles, lui ont rapidement fait comprendre ce qu'ils pensaient de son insupportable attitude hautaine. Pour autant, Lemony ne s'est jamais considéré parfait. Il est bien placé pour savoir qu'il est une aberration, et son corps traître le lui rappelle chaque jour. Le fait qu'il considère chaque croyance des Parlambre comme la vérité indéniable lui a été reprochée, avec les accusations d'arrogance, bien sûr. Le garçon laisse ses doigts créer de petits cercles rapides sur son poignet droit, épuisé de toutes ces questions, encore, de cette vie qui semble ne jamais prendre fin, de ces contradictions incessantes sans que jamais personne ne lui explique exactement en quoi il échoue. ***
Au moins, lorsque la rage luit chez Gwendolyn, il sait pourquoi. Il s'attaque à ses croyances, à ce qui fait l'essence de son monde, pour la mettre face à ses contradictions. Peu parviennent à le supporter. En général, ses interlocuteurs deviennent agressifs. Certains ont déjà sorti leur baguette et visé l'enfant qui circulait dans le Gala comme s'il était un adulte, leur parlant comme à des égaux. Mais sa mère et son oncle l'ont toujours protégé. Il n'est pas surpris que Gwendolyn lui retourne la faveur. Plus qu'elle soit la première à le faire. Plutôt que de l'agresser ou de tenter de le faire fuir, elle débat. Les épaules du garçons se relaxent tandis que son intérêt et son respect pour son interlocutrice grandissent encore. Malgré la sensation particulièrement désagréable de se voir acculé dans un coin. Malgré le violent coup d'éclat qui le prend lorsqu'il est comparé à Drago Malefoy. Lorsque l'Héritière Jenkins ouvre la boîte de Pandore en rappelant ouvertement que le parti auquel appartiennent les Parlambre descend directement de celui des Mangemorts. Et quand Gwendolyn s'excuse en lui rendant son encrier, il vacille sur ses jambes et le monde se met à tourner autour de lui. Le vertige est intense ; Lemony lève une main pour demander une pause tout en s'appuyant contre la table. Les muscles de ses bras lui font sacrément mal, soudain, comme s'ils allaient eux aussi lâcher. L'enfant n'est pas stupide. Il a commencé à expérimenter ces symptômes récemment, et il est un excellent élève en sciences humaines. — Hypoglycémie, marmonne-t-il pour rassurer sa partenaire de discussion. Est-ce qu'il a des viennoiseries dans son sac ? Non, il a dormi au Refuge et sauté les petit-déjeuner. Il a mangé dans la Grande Salle à midi. Visiblement, du jus d'orange et quelques fruits ne sont pas suffisantes. Couplé aux deux chocs ; l'un d'être comparé à Draco Malefoy, l'autre d'être pardonné immédiatement, sans rejet, de recevoir des excuses... L'air s'accroche à sa gorge et d'instinct, le jeune Parlambre sait qu'il ne peut pas continuer ainsi. Il remet en place son masque neutre qui claque presque. Confort. Habitude. Ses orteils bougent frénétiquement dans ses bottes. Tout est normal. Le débat peut reprendre. — C'était un exemple pour montrer les dégâts d'une éducation décidée uniquement par la famille. Je ne suis pas Draco Malefoy. Il songe au tatouage sur l'avant-bras du garçon de seize ans, à la magie noire, à la façon dont la cicatrice a été gravée et aux traumatismes qui ont du le poursuivre à l'âge adulte. — Tu te rends compte que nous ne savons rien de la Marque des Ténèbres ? Il y a tout un tas de rumeurs, de légendes... comme quoi Voldemort aurait pu torturer les Mangemorts s'étant enfui avec jusqu'à ce qu'ils reviennent. Comme quoi elles lui permettaient de savoir exactement s'ils étaient en vie ou non. Comme quoi elles étaient gravées dans l'âme... Comme quoi le tatouage avait une vie propre et pouvait grouiller sous la peau, ou servait de... de ligne au Mage Noire pour se nourrir d'une partie de l'énergie ou de la magie de ceux qui la portaient, expliquant sa puissance. Or, nous ne savons absolument rien de la façon dont elle fonctionnait. Si c'était simplement un rappel, comme un lien de clan, de sang... Ou si les rumeurs ont une touche de vrai. Personne ne connaît exactement son effet. J'ai lu une théorie expliquant qu'elle effaçait tous les liens affectifs d'une personne pour les rattacher à Voldemort. Je ne crois pas que ce soit possible... Mais si quelqu'un avait eu l'idée de faire des analyses scientifiques, de prélever l'ADN des Mangemorts et de la comparer avec ceux ayant trahi, prélevé les traces de la Marque... observé l'encre du tatouage... Si quelqu'un avait été fichu de penser à associer la Marque à la science humaine ! Le précédent est fichtrement dangereux. Entre les multiples théories et son indignation du mépris pour les sciences des sorciers, Lemony a complètement dévié du sujet. Mais non. Une petite grimace de douleur accompagne le mal de tête fulgurant dès qu'il songe à ses propres cicatrices, infligées contre sa volonté. Mais sans effet magique. Qu'il sache. Pour autant, le garçon reprend sans efforts là où il s'était arrêté, avant son monologue d'informations. — Les Traditionnalistes s'inscrivent dans la lignée des Mangemorts, mais où d'autre pourrions nous être sur l'échiquier politique ? Nous sommes partisans du secret, et pour que les deux mondes restent séparés à tout prix. A cause de la politique moldue. A cause de la bombe atomique, des armes nucléaires. A cause de l'alliance mortelle que pourraient causer la science et la magie, justement, entre des mains mal intentionnées. — Nous avons du mal à nos dépêtrer de nos tyrans. S'ils avaient l'appui de ceux Moldus, et vice-versa, il n'y aurait plus aucun espoir pour les êtres humains en dehors d'une sphère très réduite d'accès au pouvoir. Quant à toute cette idéologie du sang... Morgane, est-ce que mes mains vont rester tranquille ? Pourquoi faut-il que je sois si indiscipliné ? L'on pourrait penser qu'à force de les avoir attachées, je n'aurais pas pu prendre un tel... maniérisme. Mais non. Cela n'a servi à rien. Cela n'a jamais servi à rien. Dire que j'y ai cru... que j'ai espéré que cela fonctionne. Après que sa main ait de nouveau balayé l'air, Lemony résiste à l'impulsion de se gifler, mais cela ne fait qu'accélérer son rythme cardiaque. L'envie de se faire du mal... il doit sortir de là, et vite. Sortir de Poudlard avant de sombrer. — Il est stupide de croire que le Sang-Pur est plus magique que celui des nés-moldus car non dilué. D'autant plus qu'il n'a jamais empêché les Cracmols. Déesses, la puissance d'un sorcier est subjective. Simplement, parmi les Traditionnalistes, s'accrochent les imbéciles y croyant toujours, et tu ne peux pas savoir comme cela m'agace ! Je me suis tellement élevé contre eux que ma mère a fini par m'interdire l'accès aux réceptions. Mais rien n'est jamais perdu pour les Parlambre, qui en ont profité pour asseoir leurs convictions. — Quant à mes réelles opinions... Lemony soupire, et décide qu'il est assez stable pour que le masque soit enlevé. Il reprend en français. Lady Jenkins, vous êtes bien placée pour savoir que nous recevons des consignes de silence depuis que nous avons quitté la Nurserie. Je pense que tu es assez perspicace pour savoir où, exactement, je me situe, et où les Parlambre se situent. J'ai reçue une éducation moldue avancée, évidemment que nous pensons les Moldus comme nos égaux, simplement une culture entièrement différente. Presque une autre espèce, quoi que de la même branche évolutive. Il médite. Tant à dire sur le parallèle avec Draco, tant de mots qui s'écoulent sans qu'il n'ait eu l'impression d'atteindre le coeur du sujet. Ses mains attrapent ses avant-bras, qu'il replie contre lui. Ses mains attrapent le coeur du sujet, littéralement, donc. — Je me pose des questions. Pas sur le fait d'appartenir à une famille Traditionnaliste, ni sur le fait que le camp soit associé aux Mangemorts. Je n'y peux rien. Je m'interroge sur... certains aspects de mon éducation, oui. Ceux que je ne trouve pas acceptables, mais qui ont forcément été approuvés. Ou bien... c'est l'un des dangers de recourir à une nourrice, des Précepteurs, des gouvernantes. Elles peuvent... aiguiller dangereusement, à l'insu des parents, un enfant très jeune, vers des convictions ou des comportements inacceptables. Lemony plante ses yeux dans ceux de la jeune fille, le plus longtemps qu'il le peut, laissant s'étirer le silence pour que toutes les informations qui viennent de déferler puissent... passer. Être encaissées, enregistrées. Lorsque lui-même retrouve le fil de sa pensée, et que son irritation est entièrement dissipé, il sait qu'il peut reprendre : — Alors oui, je me demande si certaines parties de mon éducation faisaient partie du Programme, si elles ont été données dans le dos de ma mère par mon père, ou s'ils étaient entièrement ignorant. Mais cela... je ne peux y croire. Au moment de cette conversation, Lemony ignore que ce qui rend Poudlard insupportable pour lui n'est ni son orientation romantique, ni la fluidité de son corps hors des codes virils. Il idéalise encore la masculinité. Il n'a pas été maltraité par Elijah, il a ses longs cheveux auburn que le printemps commencent à éclaircir et qui tombent en cascade sur ses épaules avec quelques reflets roux. Il est en uniforme de Serdaigle, piégé dans une spirale infernale, avec trop peu d'information. Au moment où se déroule cette conversation, Lemony est juste amer, avec un immense chagrin d'enfant et une éternelle interrogation : "Pourquoi" ? ***
Donc, lorsque Gwendolyn le force à retrouver le présent en se mettant soudain à parler des cours comme n'importe quelle élève de Poudlard... Lemony est à des lieues de ces considérations, elle il connaît une étrange expérience : d'un coup, il est pris d'un autre vertige, différent, juste avant de se sentir ancré dans son corps tandis que les contours du monde deviennent bizarrement nets. Comme s'il portait soudain des lunettes (mais sa vue est considérée comme excellente..?). Il est focalisé, forcé d'être focalisé sur le présent. C'est comme si on l'avait ramené dans son corps de force et le jeune Serdaigle est extrêmement perturbé par la sensation, pour ne pas dire fichtrement agacé. Même s'il esquisse un petit sourire victorieux lorsque Gwendolyn confirme avoir du mal avec ses travaux de groupe. Sa théorie se vérifie. Ils n'ont pas appris à faire des concessions. Ils n'ont pas appris à accepter que les visions des autres sont aussi valables que les leurs. — J’avoue qu’une personne pouvant rivaliser me permettrait de progresser. — C'est exactement ce que je suis en train de te dire. Je ne pense pas que ceux qui n'ont pas eu la même éducation nous ralentissent. Nous commençons tous Poudlard avec à peu près le même niveau. Lemony s'admoneste intérieurement pour avoir divergé du sujet : — Les Nés-Moldus peuvent tout à fait te suivre, Gwendolyn ! — Je parle de toi ! Ils se couvrent l'un l'autre, mais le discours de la jeune fille est plus long. Imperceptiblement, le garçon se tend. Mais son interlocutrice peut le voir, évidemment qu'elle peut le voir. Elle est habituée à décoder les micro-signaux. Il y a deux choses. D'abord, Lemony n'est pas habitué à une demande de partenariat. Il n'est pas doué pour Poudlard. Pas doué pour travailler en équipe, pas doué pour trouver un binôme qui ne lui soit pas directement assigné. Dire non, refuser une main tendue alors que la jeune Jenkins a visiblement envie de travailler avec lui pour qui il est, parce qu'elle apprécie leurs échanges... C'aurait été en Gala il aurait sûrement compris le sous-entendu, mais en l'instance, qu'elle parle de lui ne lui a pas effleuré l'esprit et il s'apprêtait à lui fournir le prénom d'une autre personne. Sa gorge est nouée par l'émotion. Juste parce que quelqu'un semble intéressé par lui. Il sait qu'il ne devrait pas ressentir l'envie de pleurer de soulagement ni ces vagues de reconnaissance. Qu'est-ce que cet endroit me fait ? En arrivant, je pensais que mon nom m'ouvrirait les portes de n'importe quel partenariat scolaire. Soit j'ai réussi à anéantir la réputation des Parlambre, soit ce n'est pas ainsi que cela fonctionne à Poudlard et personne n'a jugé utile de me prévenir. Un mélange de honte et de fureur s'ajoute aux autres émotions. Cette entrée dans le monde est un désastre. Peut-être est-ce la raison pour laquelle les aristocrates Moldus attendent leurs dix-huit ans avant d'entrer officiellement dans la cour et les fréquentations. Et puis, il y a l'autre partie de lui qui considère la jeune fille devant lui avec agacement. Elle sonne imbue d'elle-même, s'en rend elle compte ? Comme si seul quelqu'un de son rang –et encore– était digne d'être à ses côtés. Comme si elle lui faisait même un honneur. Pas parce qu'elle l'apprécie, mais parce qu'il est un Parlambre. Et même s'il sait suffisamment lire entre les lignes pour savoir que non, c'est sa compagnie qu'elle veut... Lemony prend le temps de composer corps, visage et voix. Son pas qui s'étire lorsqu'il contourne la table fait une arabesque ; ses pointes sont tirées et la chaussure est assez souple pour que ce soit visible. Ses mains sont posées, l'une sur son ventre, l'autre glissant sur la table, avenantes. Et son visage est relativement lumineux, sans tension aucune. C'est aisé, c'est la danse d'opinions des Galas, et c'est tout ce qu'il a trouvé pour chercher les mots justes. — Es-tu sûre que je sois le binôme idéal pour toi ? Ce n'est pas un refus, demoiselle Jenkins. Je suis honoré par ta demande, mais Lily Garnier me semble une meilleure candidate. Elle est excellente élève et verra dans les angles morts que nous avons, toi et moi. Sans compter qu'un partenariat doublera sans doute notre temps de devoirs, si nous devons ainsi débattre de chaque sujet. Le sourire qui s'étend sur son visage est un brin ironique mais en rien social, et c'est bien plus que ce que certains hôtes obtiennent. Surtout qu'à présent, c'est plus facile. Les mots s'écoulent sans suivre de code, comme lorsque Lemony se sent à l'aise et en sécurité. Il reste avec ses pointes tirées, ses gestes minutieux, trop confortable pour les délaisser. — Je pourrai passer des heures à discuter et débattre avec toi. Je n'avais encore jamais connu pareille expérience, il m'est impossible de refuser et de perdre des heures précieuses à tes côtés. Et, peut-être que c'est tant mieux, mais le rythme du Gala l'empêche de lui faire part de conseils ou remontrances concernant le mépris qu'elle semble avoir pour les autres de leur classe. Il le ravale, mais range l'information dans son esprit afin d'y revenir plus tard, si nécessaire. Le rythme de Gala verrouille aussi toute indication qu'il n'est pas particulièrement apprécié par ses camarades ; de toutes manières, Gwendolyn doit le savoir. La jeune Jenkins affirme ne jamais s'être ennuyée mais les centres d'intérêt qu'elle cite semblent assez... terrifiants, du point de vue de Lemony. Une héroïne de littérature anglaise exilée à la campagne n'aurait guère eu différents passe-temps : études, thé avec son hôte, lecture. Ne manque que la broderie. Il écarquille les yeux, incapable de dissimuler que cela ressemble absolument à une prison à ses yeux. Sauf que Gwen n'est visiblement pas de cet avis, l'amour qu'elle a pour sa grand-mère est visible, et la nostalgie dans sa voix, immanquable. Pour elle, la définition du bonheur ressemble sans doute possible à ce temps-là. — Je crains d'être... plus indiscipliné, et plus sensible à l'ennui, offre-t-il. Nous nous changions trois fois par jour : au matin, pour le thé, puis pour le dîner. Bien évidemment, passé le thé, nous n'avions plus droit aux activités salissantes. Les jours de réception étaient interminables. Le garçon regarde son pantalon noir qui suivent la courbe de ses cuisses et de son genou avant de se resserrer sur ses jambes quoi que sans épouser les formes de ses mollets. Il a enlevé ses sur-robes d'uniforme ; sa chemise crème touche tout juste le coton feutré du pantalon, les sequins irisés brodés mains forment des motifs runiques, le symbole de l'eau dans son dos, l'air, le feu et la terre dansant au milieu de courbes sequines sur le reste du vêtement. Sa cravate tient miraculeusement contre la chemise ; en réalité elle y est rajoutée par un système de boutons. Il suffit à Lemony d'utiliser un bouton de sa chemise pour le glisser dans la fente de la cravate customisée afin d'avoir l'air tiré à quatre épingles. — Ce que je porte actuellement est l'une des tenues les plus sobres, faite pour le matin. Pour celles de cérémonies, nous avions des domestiques, qui nous coiffaient, nous maquillaient, nous tenaient assis une heure et demie devant le miroir. Tout cet or, ces richesses, ces ressources gaspillées... Lemony s'efforce de garder le cap : — Mais en dehors de ces journées, j'ai eu la chance d'avoir des parents présents, et des loisirs. Je connais trop d'enfants qui ont grandi seuls... traités uniquement comme un ajout nécessaire à la lignée. Il se souvient de cette maison de poupée entièrement moldue, de l'heure suivant ou précédent le thé où Jade venait dans la nurserie et se consacrait uniquement à lui. Il se souvient de l'heure du bain. Il se souvient qu'une fois ses sept ans révolus, Jade venait une fois qu'il était en pyjama et choisissait une activité. Lorsque Lemony était agité, ils sortaient dehors, faire une promenade ou jouer avec des frisbee à dents de serpents. Lorsqu'il était épuisé, elle lui lisait une histoire et il s'endormait dans ses bras. ***
L'éclat de rire de Gwen lorsqu'elle réplique qu'évidemment, les enfants de moldus ne sont pas réellement attachés, le laisse glacial.— Tant mieux si cela t'es comique. J'espère que tu réalises que pour trop de nos pairs, les moldus sont des barbares incivilisés qui seraient capables d'un telle chose, justement. Que c'est la raison pour laquelle il faut les asservir. Instinctivement, les mains de Lemony se resserrent sur ses avant bras, et il en est presque à les griffer tellement il les frotte avec protection. — Rigoureux... pour des enfants ? Des tout petits ? Non, je suis presque certain que ce n'est pas ainsi que cela fonctionne. Et si tes Précepteurs te laissaient te déplacer à tout va, soit bien certaine que tous ne sont pas ainsi. J'ai avancé à mon rythme, certes, mais avec des autorisations de mouvement limitées, et des positions pour forcer mon dos à se tenir droit qui n'aident pas à travailler ! Ne pas en connaître assez sur le système scolaire moldu mets Lemony en rage, parce qu'il ne peut pas répondre convenablement à sa partenaire de débat. Le sujet s'approche dangereusement, dangereusement d'une éducation barbare que lui a reçu. Il n'arrive même plus à être curieux de quelles méthodes les Précepteurs de Gwen employaient, commençant tout juste à comprendre que l'éducation Sang-Pur est extrêmement disparate et que chaque précepteur suit, pour ainsi dire, sa propre école. — Il y a une chose que j'ai du mal à saisir... en quoi ce que tu décris : le besoin de se déplacer librement, d'être dans de bonnes positions, de bonne dispositions mentales... s'applique-t-il à ce que nous vivons à Poudlard ? Nous suivons un programme, assis sur des bancs de bois millénaires qui pourraient être plus confortables, nous prenons des notes et les moins adroits avec une plume sont plus concentrés sur le fait de ne pas se tâcher que sur ce qu'explique vraiment le professeur. La seule chose que je trouve changée est le bruit constant des murmures et des rires que les élèves produisent. Je commence à comprendre pourquoi et que ce n'est pas si irrespectueux. Mais nous suivons un programme générique, impersonnel, et la place pour la recherche n'est possible qu'une fois tous nos devoirs terminés. Il s'est rassis en face de la jeune fille ; ses jambes commençaient à rivaliser avec la guimauve d'Honeydukes, et c'est une position plus confortable pour noter quelques idées. — Bien que j'aie l'impression que les devoirs de première année te laissent entièrement le temps de te consacrer aux disciplines que tu préfères, ajoute-t-il en inclinant la tête sur le côté sans dissimuler son admiration. Elle est douée et organisée, pourquoi le nier ? Et cette rigueur qu'elle s'impose traduit son ambition de commencer ses recherches dès à présent, pas d'attendre ses BUSE ou ses ASPIC avant d'esquisser les brouillons d'un essai. Lemony regarde les livres sur les Cracmols étendus autour de lui. Au fil des ans, il a ramassé un savoir assez important, mais il n'a jamais songé à en faire un essai, des questionnement, ou même un livre de compilation... ou d'histoire Cracmolle. Pourtant, la vision des Cracmols en Europe et leur traitement dans la civilisation britannique est un sujet qu'il maîtrise sur le bout des doigts. — J'ignore à quoi ressemble mon futur, admet-t-il. Quelles seront mes activités, mes loisirs... En l'instant, il ignore jusqu'à s'il va garder sa santé mentale intacte jusqu'à l'été, déjà. ***
La bibliothèque est silencieuse. Sur Lemony et Gwendolyn, le voile pudique du deuil est tombé. Le garçon la regarde, la gorge nouée, absolument pas hermétique à la douleur qu'il sent émaner d'elle. Sa respiration est suspendue. Parce qu'il a choisi de ne pas utiliser de formules toutes faites, et qu'une partie de lui, malmenée trop souvent, est en alerte vive face à une possible réaction d'outrage. A la place, presque comme un papillon, une main vient se poser sur la sienne. Chaude, des heures passées dans la bibliothèque. Douce, à peine plus petite que la sienne, quoi que plus pâle. Lemony, qui n'a pas expiré, inspire une deuxième fois, ce qui produit un son étrange tandis que ses deux lèvres se décollent. De la surprise... et du besoin. Ses doigts accrochent avec douceur ceux de Gwendolyn tandis qu'elle retire sa main ; il ne veut pas l'obliger à rester, il signale juste... "Tu n'as pas à partir. Je veux bien tenir ta main." Il n'aime pas les contacts impromptus. Mais ça n'en était pas un. C'est étrange, comme l'autorisation était implicite. Comme les règles du jeu ont changé. Ses propres doigts lui paraissent gelés. Il se sent gelé. Peut-être est-ce la fièvre, ou juste ce manque de contact humain, ce manque d'amour qui forme un vide autour de lui. J'ai repoussé Thylas. J'ai fait tout ce qu'on attend d'un Héritier. J'ai changé de tactique maintes fois. Et rien n'a fonctionné. Je suis tellement, tellement fatigué. Et tellement assoiffé de contact humain que j'en ai honte. Et puis, l'instant passe. Ou presque. Parce qu'à présent que le voile de la fatigue est tombé, Lemony a le plus grand mal à le repousser. Mais il s'excuse, évidemment. Ca ne marche pas, mais il suit toujours les codes Sangs-Purs. Il ne connaît rien d'autre. — Ce n’est pas digne d’un Héritier ? Je n’ai que faire que tu sois un Héritier. Je suis au contraire enchantée de ton honnêteté. — C'est bien, murmure l'enfant, les yeux mi-clos. Elle n'est pas intéressée par un mariage. Il s'en doutait, mais sans la confirmation, il ne pouvait en être certain. Elle n'est pas intéressée par une alliance politique. C'est bien, parce que c'est ce qu'à cherché à faire le jeune Serdaigle au début et que cela n'a pas fonctionné ; qu'aujourd'hui il n'en a plus la force. Il se détend un peu plus. Se force à reprendre des forces, de la vigueur. Et rentre donc dans sa danse. ***
Ses poignets tournent, ondoient, ondulent, se croisent et se recroisent et le balancement suit. Doucement, le bruit de son cerveau s'apaise. Doucement, Lemony suit sa propre mélodie et son rythme cardiaque s'aligne sur le balancement, sur les ondulations devant ses yeux, hypnotiques. Doucement, la voix de Gwendolyn se fraie un chemin parmi les ondulations. Sa voix est dans le bon rythme, suffisamment douce pour que le garçon l'entende, là où il s'est réfugié. Pas assez violente pour représenter un danger qui le ferait se lever et brandir sa baguette. Mais cette voix à travers les ondulations stoppe aussitôt son calme. Il blanchit. Tout le sang quitte son visage, sa tête tourne et la nausée le prend. Qu'est-ce qui vient de se passer ? Ses mains. Ses foutues mains. Il s'est concentré sur elles, il a oublié où il se trouvait, oublié son rang —mais Gwen se fiche de son rang– explosé son masque –mais Gwen n'a pas de masque— il aurait pu... Il essaie de respirer. Il essaie vraiment. Mais l'air ne rentre pas dans ses poumons, peu importe à quel point il inspire vite et fort et le plus fort possible l'air ne rentre pas. Non, non, non, non, non, non, non Il étouffe, mais en dehors de son hyperventilation, son corps est figé. Il reste assis, il est livide, mais il paraît très calme parce que l'instinct de survie dit de maintenir les apparences. Mes mains... elles n'ont pas été attachées. Elles n'étaient pas attachées. C'est pour ça qu'il les attachait. — Il fallait qu'elles soient attachées. C'est pour ça qu'Il les attachait, il fallait qu'elles soient attachées, il fallait que je m'habitue, il fallait absolument que je m'habitue, ce n'était pas assez... PAS ASSEZ ?hurle la voix d'Aurum dans son esprit. C'était de la torture, tu viens de le dire ! Oui, mais ses mains... Et surtout, surtout, Lady Gwendolyn Jenkins. Parce qu'il avait trouvé un endroit, dans Poudlard, où laisser tomber son masque, où marcher, où laisser ses mains, ses pieds, ses hanches, libres. Il cille. Sa respiration oscille. Entre l'inexistant et l'hyperventilation. Elle l'a déjà vu ainsi. Et elle a tenu sa langue. Elle est venue discuter avec lui. Elle l'a interrompu... non, pas vraiment. Elle n'en a fait aucun cas, comme d'avec ses larmes. Elle... passe outre ? Il faut une bonne minute à Lemony pour arrêter de ciller, et deux autres pour retrouver une respiration normale. Quelque chose n'est pas à sa place. Il y a un élément qui manque, quelque chose... — M'appeler ton ami, répète-t-il d'une voix monocorde. Jamais entretenu ce type de relation. Ca, il a encore assez de bon sens pour ne pas le répéter à voix haute, mais ils ne passent pas loin. De nouveau, les contours du monde paraissent trop réels, et Lemony regarde les étagères, leurs livres, leurs mains qui se sont touchées. Et puis, les yeux pâles de la jeune fille. — Es-tu sûre ? Ce n'est pas la première fois qu'elle assiste directement à la façon dont Poudlard est une descente aux enfers pour lui, et le contenu de la crise d'angoisse est flou, mais il est certain qu'elle a, de nouveau, assisté à la façon dont ses mains sont traîtresses. — Tu n'en as rien à faire que je sois un Héritier, répète-t-il, toujours atone. Je fais un piètre Héritier, et je n'ai aucune idée de pourquoi je me suis soudain retrouvé nommé Héritier à mes neufs ans. Les Parlambre sont une famille à tendance matriarchale. Je n'ai eu aucune explications. Peu à peu, parce qu'il évoque son histoire familiale, le ton de Lemony redevient modulé, avec les hauts et les bas si chers à la prononciation anglaise. Ami. Lemony a conscience qu'après cette crise, il ne peut pas servir de platitudes à Gwendolyn. Alors, parce qu'elle apprécie son honnêteté, il cherche ses yeux. — Je n'ai pas envie de cesser de discuter avec toi. Tu es fascinante, et je souhaite te connaître plus. Je serai vraiment honoré d'être ton ami. Vraiment, pas... pas juste par mots plats, choisis et courtois de Galas. Tu n'as jamais entretenu ce type de relations, mais tu me choisis, moi, et je– bien sûr que tu peux. C'est... je suis... Je n'ai noué qu'une amitié dans ma vie, j'ignore comment en créer d'autres. J'ai envie d'être à tes côtés, de t'offrir mon amitié, et je le ferai si tu l'acceptes. Les yeux de Lemony ne restent pas en place. Il redoute ce qu'il pourrait lire dans les yeux de l'aiglonne, mais se force à la regarder sans ciller. Ses ses lèvres s'étirent gentiment, avec une sincérité aussi naïve que juvénile. — Mais tu m'as vu, Gwendolyn. Par deux fois. Et tu as vu comment je suis, lorsque je suis pris par surprise. Il n'en a pas toujours été ainsi ; Poudlard est... très compliqué pour moi. Sa gorge se noue. Son sourire est las, et lorsqu'il secoue doucement la tête, ses boucles auburn touchent ses joues tandis qu'une larme s'écrase sur sa main, une autre sur son parchemin. — Es-tu sûre ? Je voudrais vraiment t'appeler amie, moi aussi. Pour autant, tu peux retirer ta proposition. Je comprendrai. Il n'est pas certain d'avoir un jour dit quelque chose d'aussi douloureux. Après tout, nous sommes deux mois avant qu'il ne dise la vérité sur son orientation sexuelle à sa meilleure amie. Lemony n'a pas conscience que cette autre amitié lui apportera son lot de souffrances, de mots rudes. Pour l'instant, Thylas et lui se retrouvent tout juste. L'enfant a grandi dans une cage dorée, mais une cage dorée luxueuse, suffisamment grande pour qu'il ne se rende pas compte des barreaux qui l'entouraient. Il n'a jamais véritablement eu besoin de rien, ou jamais eu conscience que certaines choses étaient injustes. Pour Lemony, avant Poudlard, il était heureux. Il se sait parmi les plus privilégiés. Alors si Poudlard a été une descente aux enfers... proposer à Gwendolyn de s'éloigner de lui est, effectivement, la chose la plus dure qu'il ait eu à faire. Les mots les plus douloureux qu'il ait prononcés. C'est la première fois qu'il essuie, avec un mouchoir, ses larmes. Elles ont lieu d'être. Il n'a jamais rencontré personne avec qui il puisse parler de la sorte. Longuement, profondément, passionnément. Être en désaccord, mais sans que l'autre ne s'enfuie ou ne cherche à être violent. Ils vont plus loin, s'entraînent tentent de comprendre. — Tu es une personne exceptionnelle, tu sais. C'est simplement qu'après avoir assisté une seconde fois à... bref. Tu peux revenir sur ta proposition. De nouveau, le moulinet pour éviter de terminer sa phrase. Au point où ils en sont. ***
C'est au tour de Gwendolyn de pleurer, et la gorge de Lemony se noue aussitôt. Elle n'a pas pleuré en annonçant la mort de sa grand-mère ? Que veulent dire ces larmes ? Quelles souffrances internes signifient-elles ? Que doit-il faire ? Lui ignore toujours ses larmes, presque, mais il ne connaît pas assez la jeune fille pour savoir comment réagir et son cœur s'affole au moins autant que son esprit. Il se fie à ce qu'elle dit ensuite et même si ses poils se hérissent et que son premier instinct et de la rabrouer, il referme ses livres. Ils ne lui serviront plus aujourd'hui. Puis, sur ses jambes à peu près stables, il bouge sa chaise sur le côté de la table. —T'as t'on donc si souvent cachée ? Il lui laisse le temps de réfléchir, de trier ce qu'elle peut dire ou non, de répondre. Et puis, avec douceur, il prend ses mains et secoue la tête. — Je crains que tu te trompes sur le genre de famille que sont les Parlambre. Nous avons notre libre arbitre. Ton Sang-Pur n'a d'intérêt que politique, et encore. J'informerai ma famille de la sortie parce qu'il s'agit de la règle, tout simplement. Je ne suis pas majeur, je dois demander l'autorisation. Cela me semble censé, je n'ai pas envie de désobéir. Il n'y a qu'une, et une seule instance où le statut sanguin de Gwendolyn importerait. Un mariage. Et encore ; à condition qu'elle soit d'ascendance magique, qu'importe qu'il n'y ait pas que du sang de sorciers dans ses veines. Seulement, il est hors de question que Lemony mentionne quoi que ce soit de lié au mariage. Il se sent trop fragile. Même effleurer ce que sa famille a prévu pour lui est impossible. Il renvoie ces pensées loin, très loin, avant de se retrouver recroquevillé en boule et inatteignable. Plus tard. Chaque phrase, chaque nuance, Lemony les remarque. Il rebondit sur chaque morceau de phrase et cela lui a déjà causé nombre de soucis avec ses pairs, notamment dans le dortoir. Mais le ton détaché de Gwen... personne ne parle de ses parents d'un ton détaché. Thylas le fait, et encore. Et les parents de Thylas se soucient de ses faits et gestes. L'enfant réalise qu'il existe peut-être une petite fille encore plus seule que sa meilleure amie dans les Manoirs vides du Royaume-Uni. Son regard transperce la jeune fille. Ethérée. Fantômatique. Exactement sa première intuition. Seule dans un grand Manoir froid. Déesses... Faites qu'il ne soit pas aussi... nauséabond que celui des Darkflare. Leurs squelettes dans les placards sont physiques et je les soupçonne de servir de réserve d'Inferi en cas d'attaque. Non pas que j'aurais l'audace de le suggérer. Inutile de leur donner des idées si jamais ils venaient à m'entendre. Moïra parait plus vivante que Gwen, en quelque sorte. La pensée le fait frémir. Il étudie minutieusement chaque réaction. S'il lui offre la possibilité d'en parler, la probabilité est qu'elle refuse, elle aussi d'une main balayant l'air comme si ce n'était rien. S'il fait mine d'ignorer le sous-entendu, elle sera blessée. Elle veut qu'il réagisse, l'information ne lui est pas donné pour rien et la souffrance est réelle. C'est un partage. Un besoin que quelqu'un sache. C'est un peu nouveau, mais pas tant que ça. C'est une information qui doit être doucement, doucement traitée, emmenée loin de leur conversation de sortie. — Je ne peux pas dire que je sois surpris, admet-il enfin. Ta solitude est là, en écho à la mienne. Tu la sens... n'est-ce pas ? Tout doux. A pas de velours, même ; il a cessé de la toucher. C'était trop pour lui. Doucement, sans qu'il s'en rende compte, sa musique intérieure reprend, avec ses poignets qui pivotent seuls dans un rythme lent, apaisant, tandis que ses yeux défocalisent et que sa tête roule doucement sur les côtés. — Comment est-ce, là-bas ? Sa voix est un murmure. Il parle trop. Demande trop. S'éloigne trop du sujet des Moldus, et lorsque la jeune Jenkins s'exclame qu'elle voudrait se rendre dans une grande ville, le masque neutre tombe aussitôt sur son visage. Il ne peut pas. Pas maintenant. Et cet été ? Lorsqu'il aura récupéré ? L'idée de se trouver dans la foule... le bruit... Pourtant, il reste impassible. — Tu n'es jamais allée dans le monde moldu. Aucune lecture, aucune leçon ne peut te préparer à ce que sont les rues commerçantes moldues. Les magasins jouent tous de la musique à plein volume, chaque musique différente. Leurs lumières intérieures sont allumées, et blanches ; elles font mal aux yeux. Le bruit est constant. Pas un instant de silence ; je ne te parle pas des humains mais... tout fait du bruit. Les voitures, les klaxons, les chiens, les stores métalliques, les cloches les églises les téléphones les hauts-parleurs portables les transports en commun les horloges les bippers les passages piétons... Tout, Gwendolyn. On ne peut pas aller dans une grande ville, pas tout de suite. Je ne parle pas de rester à la campagne, dans un village aussi petit que Pré-Au-Lard. Simplement, une ville moyenne devra suffire. De plus, tu dois savoir que nous porterons des casques pour couvrir nos oreilles, et des lunettes de soleil. Ah, et avec les voitures, si tu as des tendances asthmatiques, il nous faut absolument deux masques. S'il débite le début avec l'intention de couvrir toute faiblesse, de paraître comme un insupportable petit donneur de leçon, plus il décrit et plus la note paniquée transparaît dans sa voix. Son immersion dans le monde moldu a été soigneusement planifiée ; de la même manière qu'il n'a pas appris à nager en étant lâché au milieu de l'océan indien. Une heure dans la campagne. Une sortie au restaurant, sans promenade. Une sortie au cinéma. Trente minutes en centre ville. Et sa journée se terminait au retour. — J'ai besoin de plus de précision sur les activités qui t'intéressent, après quoi je pourrai trouver un endroit qui te satisfera sans nous laisser tétanisés. Sa voix est bien plus assurée, bien plus ferme qu'il ne s'en pensait capable. Ce n'est pas autoritaire, c'est... ferme. L'appui sur l'importance de ne pas foncer comme un Gryffondor et de se retrouver en grande souffrance. Une partie des Sangs-Purs hait le monde moldu et Lemony les a entendu insulter leur société. Sauvages, bruyants, incapables de réfléchir car qui peut s'entendre penser dans un vacarme pareil, probablement presque aveugles. Des sorciers ont été pris de convulsions, et répandent des rumeurs sur le fait que la technologie des Moldus est trop présente, qu'elle bute sur la magie et crée des malaises. En réalité, les lumières vives et clignotantes ont créé des crises d'épilepsie, et ces sorciers ont fait exactement ce qu'il ne fallait pas : transplanner au milieu d'une grande ville. Ils ont reçu l'équivalent d'une décharge électrique à cause du décalage sensoriel, de la même manière que plonger dans l'eau froide quand il fait trente-cinq degrés crée des malaises. Tout en gardant ses souvenirs prêts à être dégainés si son interlocutrice proteste, le jeune Serdaigle l'écoute s'enthousiasmer sur les musées et les cafés, puis se reprendre selon l'étiquette. — Je n'avais pas réalisé qu'il s'agissait d'une sortie éducative rétorque-t-il, un sourcil levé, laissant délibérément ses bras se croiser, ses épaules partir en arrière et sa voix alimenter son accent de la haute. Il se sent aussitôt coupable : la jeune fille en face de lui a proposé une amitié, et Lemony n'est pas disposé à construire une amitié sur de fausses impressions. — Je pense que nous sommes éloignés des convenances à présent, non ? s'enquiert-il avec douceur. Tu es curieuse, tu es excitée à l'idée de découvrir quelque chose de nouveau... Et puisque nous n'irons pas à Londres, mieux vaut laisser les codes des Galas dans le monde sorcier. N'as-tu jamais eu le droit... d'expérimenter pour le plaisir, sans justifier des raisons qui te poussaient à faire tel ou tel choix ? Lemony sait ce que "tenir son rang" signifie, bien entendu. Pour adopter Ostara au Refuge plutôt que d'acheter un Fléreur ou un chat familier d'élevage, il a rédigé une longue lettre argumentée à propos des responsabilités d'apprendre des éléments les plus faibles. Il a également changé le nom de sa petite chatte, celui d'origine n'aurait jamais été accepté. Morgane soit remerciée, Ostara s'identifie parfaitement à son nouveau nom ; il l'a aidée à prendre un nouveau départ. Il a également enduré d'innombrables repas avec des invités, épuisés, les chevilles tourbillonnant sous la table, s'ennuyant et se demandant en paniquant comment il allait parvenir à supporter deux plats de plus, ainsi que le fromage issu de la tradition française et du dessert. Chaque jour, de sa première tenue au moment où il se mettait en pyjama, Lemony tenait son rang. Mais une fois dans sa chambre, il pouvait lâcher. Laisser son corps libre, ses mains, chanter, babiller, lire, sauter, jouer, qu'importe. Et c'est cette impossibilité de jamais lâcher, depuis Noël, qui me fait peu à peu sombrer dans la folie, qui me fait également multiplier les erreurs. Morgane, je prie pour qu'elle ait eu quelqu'un à qui se confier lorsqu'elle en avait besoin. Quelqu'un avec qui rire, quelqu'un avec qui partager une enfance. Une véritable enfance. Lemony commence à griffonner quelques noms de villes ; l'idée des musées est bonne. Ce sont des lieux calmes, parfaits pour apprendre sur une autre culture, où ils pourront aller à leur rythme. Une sortie dans un café ensuite, pour reposer leurs jambes, vient parfaitement courronner la proposition de journée. Sa partenaire du jour est efficace et logique. Mais ses rêves de gratte-ciels et de rues bondées, grises, de voitures qui filent à toute vitesse, de moldus qui se bousculent pressés, d'appartements ou de maisons semblables devront attendre. — Que penses-tu du théâtre ? Ou bien... D'une visite de château médiéval avec les tenues d'époques et la vision des Moldus de ce qu'est un dragon ? Ah, sinon il y a un musée parfait à Bristol pour commencer les sciences basiques et des expériences, ou bien voir d'authentiques peintures flamandes. J'admets que qu'importe les peintures, c'est un art si omniprésent chez les sorciers que celui des moldus ne m'atteint absolument pas. Ou du moins... pas sans guide ni contexte, je présume. Et je serai incapable de savoir où trouver du pointillisme en dehors de la France ; le clair-obscur religieux n'a d'intérêt que tant que quelques minutes, la peinture moderne est plus vive que tout ce que nous avons, même restaurée mais j'admets que voir un carré blanc sur fond blanc me fait juste me demander si l'artiste n'a pas tenté de voir jusqu'où il pouvait aller dans l'absurde pour tirer le plus d'argent possible. Son ton est toujours incroyablement snob, mais il contrôle au moins son langage. Son intention initiale était de dire "jusqu'où il pouvait se foutre de la gueule des gens avant qu'on lui dise stop." Il a repris avec la même discipline que Gwendolyn, quoi qu'il réprime difficilement un fou rire. ***
Enfin, Lemony a la réponse à la question qu'il a posé. Une question particulièrement excitante : qu'est-ce qui intrigue les autres chez les Moldus ? Et la réponse de Lady Jenkins l'atterre. Les poils de ses bras, de son cou, se hérissent. C'est peut-être la réponse la plus anthropocentrée qu'elle pouvait donner, et pour une raison inconnue, son sang bout dans ses veines. C'est la même raison génétique qui créera, chez Jade, la fureur de voir des élevages de créatures. La même raison qui poussent la mère et le fils à se montrer particulièrement prudents quand ils sont près de sorciers. Sur leurs gardes. Parce que la forêt ressemble fort à une "réserve pour Centaures". Que le Loch de Poudlard n'est pas tant, du point de vue sorcier, habité par des êtres de l'eau qu'un endroit où ils sont tolérés en vue de les étudier, une tolérance très généreuse de la part du Ministère. La même rage aveugle qu'à chaque récit d'émeute de Gobelins réprimée. Il est habitué, à cette chose qui pulse dans ses veines, qu'il ne sait pas exactement identifier, mais qui semble le relier aux créatures, lui prodigue de l'empathie, le met en colère comme si chacun de ses peuples était celui auquel il appartient. Comme s'il n'était pas sorcier. — C'est d'une telle ignorance, lâche-t-il, glacial. Et lui, il est d'une telle violence. Debout, glacé, glacé pour contrebalancer le sang qui bout, la fureur brûlante, l'injustice qui le soulève. Comme si le fait de ne pas être un sorcier était si atroce qu'il fallait absolument trouver une raison de vivre. Comme s'il valait mieux mourir que de perdre ses pouvoirs, ou du moins sa baguette. Si tel est le cas, alors pourquoi est-ce que les Gobelins n'en ont pas encore une ? Le voile rouge qui s'abat sur ses yeux est difficile à repousser, même s'il s'efforce de se répéter les mots de Gwendolyn. Mais il ne parvient pas à se calmer. — C'est la chose la plus ethnocentrée que tu aies dite, et la plus insultante. Est-ce que tu les plains ? Tu penses... tu penses qu'ils sont... dépourvus de joie de vivre sans magie, qu'il leur faut absolument trouver... autre chose, pour combler ce vide ? Mais... pour qui est-ce que vous vous prenez, les sorciers ? La manipulation des sorts, des balais et artefacts magiques, la confection de potion n'est pas tout ce qu'il y a au monde. Comment... Et tu t'étonnes de ce qu'il y a dans ce livre sur les Cracmols ? Mais si une vie sans magie demande absolument de combattre psychologiquement pour ne pas se suicider, pour avoir l'étincelle, l'envie et la joie de vivre... je comprends pourquoi les parents ont chercher à la transférer chez leurs enfants ! Il y a un silence assourdissant dans la bibliothèque. Un silence où Lemony n'entend que le sang battre à ses tempes. Un silence où il se rend compte qu'il s'est dissocié des sorciers, comme s'il était autre chose... et que ça ne sonne même pas faux. Et puis enfin, toute la violence de ce qu'il vient de balancer à la figure d'une enfant de son âge, qu'il devine relativement fragile, qui lui a offert son amitié, lui revient en boomerang. — Je– Je suis... désolé. Je suis vraiment, sincèrement désolé. Il cherche la rage en lui qui l'a soulevé, qui lui a donné l'impression que son discours était légitime, mais elle a complètement disparu, comme si elle n'avait jamais existé. — Gwendolyn. Je te demande pardon. Je n'ai pas... mesuré. C'est juste... ils sont nos égaux. On n'a pas le droit de se sentir désolés pour eux, on n'a pas le droit de décider que nos vies sont meilleures parce qu'on est magiques... et les Cracmols... tu imagines... entendre ça toute ton enfance, croire que la magie te rendra heureux et sera la réponse à toute tes problèmes... puis ensuite, comme si devenir la lie de la société ne suffisait pas... croire que tout bonheur t'es à jamais fermé parce qu'il ne peut venir que de la magie ? C'est... je ne peux pas. Je ne voulais pas être... je ne voulais pas te blesser. Mais je ne peux pas– Supporter. Imaginer. Il voudrait faire taire son esprit. Parce que soudain, le cas des Nés-Moldus se présente à lui sous la forme d'un coffre dont on aurait fait sauter le loquet, et il est inondé de questions internes, blanc comme un linge. Malgré lui, il pose les mains sur ses oreilles. Le vacarme doit s'arrêter. Il faut qu'il s'arrête, les pensées doivent s'arrêter, les questions aussi, c'est trop bruyant. Et les émotions, la culpabilité, assumer son erreur la tête haute en encaissant la réaction de la personne la plus intéressante qu'il ait rencontrée, la peur du rejet... Il faut bien que ça s'arrête, à un moment. Non ? Il faut qu'il y ait du silence. Du temps pour souffler. Sinon, ce n'est pas vivable. Ca va forcément s'arrêter. |
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